La scène surprend. Lundi 13 avril, dans un centre commercial de Pretoria, Kemi Seba n’est ni à la tribune ni face à une foule acquise à sa cause. L’activiste panafricaniste est interpellé, aux côtés de son fils. Depuis, il a quitté les projecteurs pour une cellule, placé en détention provisoire dans l’attente d’une décision de justice lourde de conséquences
Trois jours plus tard, le 16 avril, la police sud-africaine confirme : une procédure d’extradition est en cours, à la demande du Bénin. Selon les autorités, l’homme, de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, est soupçonné d’avoir tenté de faciliter une entrée illégale au Zimbabwe via le fleuve Limpopo. À ses côtés, un intermédiaire, qui aurait perçu près de 250 000 rands (environ 13 000 euros) pour organiser ce passage discret. Leur projet, selon Pretoria : poursuivre ensuite la route vers l’Europe.
Une affaire qui dépasse le cadre judiciaire

Mais derrière cette arrestation, c’est une autre histoire qui refait surface. Celle d’un homme devenu, au fil des années, l’une des voix les plus radicales du panafricanisme contemporain. Car à Cotonou, où un mandat d’arrêt a été émis contre lui, les accusations sont lourdes : « apologie de crimes contre la sûreté de l’État » et « incitation à la rébellion », en lien avec la tentative de coup d’État de décembre.
Pour ses partisans, Kemi Seba incarne une forme de résistance. Pour ses détracteurs, une ligne rouge dangereusement franchie. Sur les réseaux sociaux, ils sont près de 1,5 million à suivre ses prises de position, souvent tranchées, contre la présence française en Afrique et les régimes jugés proches de Paris.
Un parcours à contre-courant

Né franco-béninois, déchu de sa nationalité française en 2024, Kemi Seba a progressivement redessiné ses alliances. Il s’est rapproché de certains régimes militaires du Sahel, notamment au Niger, où les autorités lui ont accordé un passeport diplomatique. Un tournant qui a renforcé son image, autant qu’il a cristallisé les critiques.
Et aujourd’hui, un paradoxe : celui d’un militant farouchement opposé à l’Occident, mais dont la trajectoire récente semblait pointer vers l’Europe.
Une attente sous tension

La prochaine audience est fixée au 20 avril 2026. D’ici là, Kemi Seba et son fils restent détenus. Pour Pretoria, la décision ne sera pas seulement juridique. Elle sera aussi diplomatique.
Dans ce dossier sensible, une question domine désormais : l’activiste sera-t-il remis aux autorités béninoises, ou parviendra-t-il à infléchir le cours de la procédure ?
En attendant, celui qui occupait l’espace public par ses mots doit désormais composer avec le silence et le temps judiciaire.



