Évincé de la primature le 22 mai, l’ancien Premier ministre sénégalais a été élu ce mardi 26 mai président de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 133 suffrages exprimés. Un rebond institutionnel inédit, observé avec stupeur et fascination depuis Dakar jusqu’à Libreville.
Il y a quatre jours, il quittait la primature par décret présidentiel. Ce mardi matin, Ousmane Sonko s’est installé derrière le bureau de la présidence de l’Assemblée nationale du Sénégal, acclamé par les rangs serrés du Pastef. Le scrutin fut sans équivoque : 132 voix pour, zéro contre, une abstention, sur 133 suffrages exprimés. Une chute et un rebond en moins d’une semaine, du jamais vu dans l’histoire politique sénégalaise.
Dans son discours de prise de fonctions, prononcé en partie en wolof devant un hémicycle partiellement garni, Sonko a critiqué ce qu’il a nommé « l’hyper-présidentialisme » et regretté que le Pastef n’ait pas été consulté pour la constitution du nouveau gouvernement confié à Ahmadou Al Aminou Lô, technocrate issu de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest. « On ne peut pas faire du Pastef sans Pastef », a-t-il lancé, avant d’appeler néanmoins « à la responsabilité et au sens du dépassement ».
Au-delà des frontières sénégalaises, cette séquence politique est suivie avec une intensité particulière. Depuis Libreville, pays de la 5ème République dirigé par Brice Clotaire Oligui Nguema, élu président en avril 2025 après le coup d’État d’août 2023, des voix des jeunes s’élèvent pour souligner le contraste saisissant. Le Gabon, qui avait vu émerger dès 2023 un mouvement panafricaniste local de soutien à Sonko, regarde Dakar avec cette fascination mêlée d’envie propre aux pays où les alternances institutionnelles restent encore un horizon lointain.
Car c’est bien là le paradoxe de cet épisode sénégalais : une démocratie en crise produit malgré tout des résultats institutionnels. Sonko perd le gouvernement, gagne le Parlement. Il se recompose sans sortir du cadre légal, contrairement à ce que ses rivaux redoutaient.
Pour toute une jeunesse africaine qui avait fait de lui, avec sa rhétorique sankariste et ses références à Nkrumah comme à Lumumba, une figure de la rupture souveraine, ce rebond a valeur de symbole. Même imparfaite, la démocratie sénégalaise reste une école cruelle parfois, mais bien réelle.


