Conventions d’investissement à 775 milliards de FCFA, 150 fermes mobilisées, 13 textes juridiques élaborés : le ministère de l’Agriculture affiche un bilan spectaculaire. Mais l’échéance du 1er janvier 2027, fin des importations de poulet, reste une course contre la montre.
Il y a un an, le Gabon importait la quasi-totalité de son poulet de chair. Aujourd’hui, le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement Rural (MAEDR), dirigé par Pacôme Kossy depuis février 2026, publie un bilan des cent premiers jours qui ressemble à une déclaration de guerre à la dépendance alimentaire. Deux fronts simultanés : industrialiser la filière avicole à marche forcée, et construire enfin le cadre juridique qui manquait depuis des décennies.
Le 3 mai 2026, deux ministres gabonais, l’Économie et l’Agriculture, signaient conjointement cinq conventions avec des partenaires de trois pays. Le tableau est impressionnant : un opérateur turc (Roaya/Hakan Kiran) pour 60 000 tonnes par an dans l’Estuaire, deux groupes chinois (CAAEI et Qingdao Intelligent Poultry) pour des investissements cumulés de plus de 396 milliards de FCFA, un consortium hongkongais (HK Grove Metal) pour un parc agro-industriel de 200 hectares à Owendo, et un partenaire camerounais (AVI Gabon/NJS) pour l’accouvage au Woleu-Ntem.
En parallèle, un Appel à Manifestation d’Intérêt lancé le 12 mars 2026 dans les neuf provinces a permis de sélectionner 150 fermes avicoles locales, le double de la cible fixée. La province de l’Estuaire concentre 84 de ces fermes, suivie du Haut-Ogooué (19) et de l’Ogooué-Maritime (15). Un fonds de crédit agricole à taux réduit de 6,8 milliards de FCFA, adossé à la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG), a été mis en place pour lever le principal obstacle des promoteurs locaux : l’accès au financement.
« Ces investissements permettront la production de près de 130 000 tonnes de poulet de chair et la création d’environ 100 000 emplois directs et indirects. », précise le Ministre Pacôme Kossy.
Sur le plan foncier, trois des six Fermes Avicoles Nationales Intégrées (FANI) prévues sur l’ensemble du territoire ont obtenu leur titre foncier — Bifoun (Moyen-Ogooué), Tchengué (Ogooué-Maritime) et Moussambou (Ngounié). Les trois autres sites sont en cours d’affichage public. Un préalable indispensable : sans foncier sécurisé, aucun investisseur ne peut démarrer les travaux.
Moins visible médiatiquement, mais tout aussi structurant : le ministère a élaboré 13 textes juridiques en 100 jours, contre une cible initiale de 8. Sept ont déjà été transmis au Secrétariat Général du Gouvernement. Ce travail de fond vise à combler les vides légaux qui paralysent le secteur depuis des années.
L’enjeu de ces réformes dépasse la technique juridique : sans cadre légal sur le foncier, les investisseurs hésitent à mobiliser leurs capitaux ; sans normes de bio sécurité opposables, la montée en puissance de la production avicole expose le pays à des risques sanitaires majeurs ; sans mécanismes d’indemnisation des éleveurs en cas d’épizootie, aucun éleveur local ne prendra le risque d’investir à grande échelle.
Le taux de réalisation global affiché par le ministère est de 98 %, avec plusieurs axes atteignant le double de leurs cibles. Mais le bilan lui-même prend soin de distinguer ce qui est signé de ce qui est construit : les conventions d’investissement sont paraphées, les fermes sont sélectionnées, les textes sont rédigés, les travaux, eux, n’ont pas encore commencé.
Le ministère identifie lui-même les verrous : délais administratifs et fonciers persistants, mobilisation effective des financements incertaine, capacités d’exécution des opérateurs à prouver, et coordination entre plus d’une douzaine de départements ministériels à maintenir dans la durée. Une Task-Force et un suivi hebdomadaire ont été mis en place pour tenter de tenir le rythme.


