Le fils de l’ancien président gabonais Omar Bongo a profité de ses fonctions publiques pour bâtir un empire immobilier à Dubaï, en France et en Europe. C’est le résultat d’une enquête menée par l’OCCRP dans le cadre du projet OpenLux qui révèle l’ampleur d’un patrimoine qui contraste avec la pauvreté qui frappe plus d’un tiers de la population gabonaise.
Directeur général du Budget de l’État gabonais entre 2020 et 2023, Fabrice Albert Andjoua Ondimba Bongo s’est constitué un portefeuille immobilier de plusieurs millions de dollars. Selon les données immobilières consultées sur le site de l’OCCRP, l’ancien directeur du Budget a acquis pas moins de 43 appartements à Dubaï pour un montant total avoisinant les 15 millions de dollars.
Parmi ces biens immobiliers, 28 se trouvent dans la même tour prestigieuse, la Sobha Creek Vistas Tower A, située dans le quartier huppé de Meydan. Bien qu’il en ait revendu une partie, Andjoua possédait encore 10 appartements dans un autre complexe de luxe, Golf Town.
L’enquête évoque un décret de 2015, consulté par les journalistes, qui indique que le plus haut fonctionnaire de l’État, même après 30 ans de carrière, gagne à peine 1 900 dollars par mois, soit 1 095 000 francs CFA. Un salaire qui ne permet pas d’acquérir des dizaines de biens dans l’une des villes les plus chères du monde et qui contraste violemment avec la réalité économique gabonaise.
L’affaire prend une dimension plus large lorsque les enquêteurs examinent l’entourage d’Andjoua. Au cœur de cet héritage familial controversé, sa mère, Marie-Madeleine Mborantsuo, est une figure clé du régime Bongo et ancienne présidente de la Cour constitutionnelle du Gabon pendant plus de 30 ans. Ils ont découvert qu’Andjoua et sa mère ont créé une holding immobilière française, Nouo, qui possède une vaste propriété à Bougival, en banlieue parisienne. Achetée en 2000, cette villa est située sur un terrain de 754 m² dans un quartier huppé de France. Il est à préciser que Marie-Madeleine Mborantsuo est elle-même visée par une enquête judiciaire en France depuis 2014 pour « blanchiment aggravé et détournement de fonds publics ». Elle n’a pas encore été mise en examen, mais l’enquête, ouverte dans le cadre de l’affaire dite des « biens mal acquis », se poursuit.
Outre l’immobilier, l’ancien directeur du Budget affiche un goût prononcé pour les voitures de luxe. L’article consulté sur le site de l’OCCRP mentionne qu’en octobre 2023, soit deux semaines avant le coup d’État qui a renversé son demi-frère Ali Bongo, il a fait expédier du port d’Anvers (Belgique) jusqu’à Libreville une supercar Brabus GLE900 Rocket, un SUV d’exception, le plus rapide au monde, produit à seulement 25 exemplaires, dont la valeur dépasse les 400 000 dollars.
Fabrice Albert Andjoua a également ouvert plusieurs sociétés à l’étranger, notamment : l’Epila SCI au Luxembourg, créée en 2022, dont il est le bénéficiaire effectif, et la More4LessExotics, une société de location de voitures de luxe basée à Las Vegas, qui propose des Ferrari, Lamborghini ou Bentley pour 1 000 à 2 000 dollars par jour à Miami, New York ou Boston. Une société belge, finalement dissoute en mai 2024, n’a jamais déposé de comptes.
En mai 2026, le ministère de la Justice luxembourgeois a confirmé l’ouverture d’une enquête préliminaire visant Andjoua et un associé pour des faits de faux et usage de faux, blanchiment de biens, fraude fiscale aggravée et non-publication des comptes annuels. Informés de cette enquête, des journalistes du Monde et de l’OCCRP sont entrés en contact avec l’intéressé, qui a par la suite entrepris de dissoudre l’une de ses sociétés luxembourgeoises, Autoword.
Cette enquête s’inscrit dans le projet OpenLux, une collaboration internationale qui a passé au crible les sociétés luxembourgeoises. Sur les huit demi-frères et sœurs d’Andjoua, huit ont été mis en examen en France dans le cadre de l’affaire des « biens mal acquis ». Seul Fabrice Andjoua échappe pour l’instant à ces poursuites, même si son patrimoine suscite désormais de nombreuses interrogations.


