Face à France 24, Oligui Nguema assume tout

Dans un tête-à-tête exclusif accordé et diffusé sur France 24 ce 2 juin, le président Brice Clotaire Oligui Nguema dresse un bilan sans concession de sa première année au pouvoir, défend sa souveraineté économique face à la France et à Eramet, et promet une démocratie sans dynastie.

Reçu en tête-à-tête dans la Cité de la démocratie de Libreville, fraîchement rénovée et rebaptisée au nom d’Omar Bongo, le général Brice Clotaire Oligui Nguema s’est livré à un exercice de communication inédit depuis son accession au pouvoir, il y a tout juste un an, avec plus de 94 % des suffrages. Le président s’est montré à la fois serein sur son bilan et offensif face à ses contradicteurs. « Un an après mon mandat, je ne dirais pas que tout a été fait, parce que mon mandat c’est sur sept ans et mon projet de société il repose sur sept ans. J’y avance dans mon projet de société et ce que j’ai promis aux Gabonais c’est sur sept ans et je ferai ce que j’ai promis. »

Ce cadrage temporel, Oligui Nguema y revient à plusieurs reprises pour désamorcer les critiques sur les promesses non tenues, en particulier l’accès à l’eau et à l’électricité, que des millions de Gabonais attendent encore. Le président reconnaît la « détresse » de ses concitoyens, mais s’appuie sur des investissements massifs pour justifier la lenteur des résultats et déclare « Aujourd’hui, nous avons investi plus de 800 milliards de francs CFA et je pense que d’ici le mois de juillet 2027, il y a quelques centrales qui vont être livrées. ».

Un accord avec le FMI « vers la fin de l’année »

Sur le front économique, Oligui Nguema confirme qu’un programme avec le Fonds monétaire international sera signé, mais pas avant la fin de l’année 2026, « J’ai dit au FMI, je veux une audite de ces chiffres. Je veux la réalité pour savoir ce que moi je signe. […] Donc, l’accord sera signé plutôt vers la fin de l’année. ». Il explique avoir exigé un audit préalable de la dette gabonaise, dont les chiffres présentés par les institutions financières internationales se sont révélés contradictoires d’un rapport à l’autre. Interrogé sur les projections de croissance jugées trop optimistes par la Banque africaine de développement, le président gabonais balaie la question d’une formule simple : « Les chiffres ne nourrissent que ceux qui vivent avec les chiffres. »

La fin des « monopoles » et l’affaire Eramet

Sur le dossier emblématique du manganèse, dont le Gabon est l’un des premiers producteurs mondiaux, Oligui Nguema campe sur ses positions : « C’est la fin des rentes. C’est la fin du monopole. C’est la fin des exclusivités dans les contrats. ». L’exportation du minerai à l’état brut sera interdite à partir de 2029. Le groupe français Eramet, qui exploite la gigantesque mine de Moanda, a négocié un accord de transformation sous l’égide du président Macron. Le président se dit confiant, mais prévient sans ambiguïté : il ne changera pas de deadline. : « Je ne changerai pas de deadline. On a dit 2029. Si rien n’est transformé en 2029, l’eau manganèse ne sortira pas. Donc il est temps qu’ils commencent à mettre des usines de transformation. Un ultimatum posé publiquement devant les caméras de France 24, qui donne la mesure engagée avec l’un des fleurons industriels français.

Visite d’État le 20 juillet : « Avec Paris, on n’a pas de problème »

Sur le plan diplomatique, Oligui Nguema confirme une visite d’État en France le 20 juillet prochain, et insiste sur la qualité des relations bilatérales, alors que le camp militaire de Gaulle, symbole de la présence française à Libreville, a été rétrocedé aux autorités gabonaises. Il précise que c’est la France elle-même qui a sollicité le retrait de ses troupes ,« nous ne les avons pas chassés comme ailleurs », dans une allusion à peine voilée aux coups de force anti-francais observés au Sahel.

Trump, migrants et passeport d’Ali Bongo

L’entretien aborde également la demande américaine d’accueillir des migrants expulsés des États-Unis — une pratique acceptée par le Ghana et le Rwanda. Oligui Nguema dit avoir décliné, sans rompre avec son partenaire américain qu’il appelle, non sans humour, « mon ami à la cravate rouge ». « Sur ce point, nous ne sommes pas tombés d’accord. Je ne les ai pas acceptés chez moi. Je le dis en tout honnêteté. […] Le Gabon n’est pas prêt à signer cet accord qui ne nous arrange pas. C’est très clair. » a-t-il affirmé. Enfin, sur le sort d’Ali Bongo Ondimba, le président déchu auquel un passeport diplomatique vient d’être accordé, Oligui Nguema se montre conciliant. Il souligne que son prédécesseur, victime d’un AVC, « n’était pour rien » dans la gestion des dernières années du régime, une pique implicite dirigée contre Sylvia Bongo et son fils Noureddin.

« Il n’y aura pas de dynastie Oligui »

En conclusion, le chef de l’État gabonais s’est montré catégorique sur la question des mandats présidentiels, gravée dans la nouvelle Constitution rédigée sous sa supervision. Il a réaffirmé son attachement à l’alternance démocratique avec une formule appelée à faire date. « Il n’y aura pas de dynastie Oligui. Il n’y aura pas de dynastie Oligui. S’il y a une dynastie Oligui, c’est après un mandat tel qu’on l’a mis dans la Constitution. Mais il n’y aura pas de dynastie Oligui. ». Des mots prononcés avec l’emphase d’un homme qui sait ce qu’ils coûtent, dans une région du monde où les serments constitutionnels ont rarement survécus à l’épreuve du pouvoir.

Top 5 de la semaine

Articles Similaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles populaires