L’agence Moody’s, selon les informations de Reuters, a décidé de maintenir la note souveraine du Gabon à « Caa2 » tout en dégradant sa perspective de « stable » à « négative », as-t-on appris ce mercredi 24 juin.
« Que ceux qui vivent des notes ou se nourrissent avec se réjouissent. », cette position, ouvertement assumée, avait été esquissée par le président Oligui Nguema lors de son discours au Congrès des deux chambres. Le chef de l’État avait alors posé un préalable clair avant toute renégociation avec le Fonds monétaire international (FMI) : « Nous allons signer le programme avec le FMI pour la restructuration de notre dette, nous l’auditons, mais il n’y aura pas d’austérité. »
Loin d’être une simple réponse technique, le Gabon justifie ses retards de paiement et répond à la dégradation de sa note par Moody’s, en pointant du doigt l’inefficacité des projets financés par la dette, comme la route Ndende-Doussala, ou encore le projet d’infrastructures scolaires dénommé PISE, pour lesquels le pays est prélevé, mais dont la réalité du terrain prouvent qu’ils sont à l’arrêt. Au cœur de ce bras de fer financier, la question épineuse des arriérés de paiement. Si l’exécutif ne nie pas les retards, il en justifie les causes par des arguments de fond. « Oui, nous sommes en retard sur quelques échéanciers de paiement, tout simplement parce que les projets annoncés par ces institutions n’avancent guère sur le terrain », a expliqué notre source, en écho aux préoccupations de Moody’s concernant l’audit exhaustif des emprunts.
Moody’s voit dans l’audit des risques de « passifs non déclarés » et dans les déficits une menace pour la soutenabilité. L’agence prévient que de « nouveaux échanges de dette pourraient constituer un défaut de paiement ». En retour, le Gabon oppose une lecture politique de la dette, estimant que la rigueur budgétaire ne saurait primer sur les besoins sociaux et l’échec des bailleurs à tenir leurs promesses de développement.
Pendant ce temps, il n’y a pas d’eau au robinet pour les Gabonais. “Alors, pourquoi le Gabon devrait continuer à payer ? » s’interroge un administratif interrogé sur la question, justifiant ainsi la décision de « bloquer les paiements » pour ces projets jugés non aboutis.
En attendant l’issue de l’audit et les éventuelles négociations avec le FMI, c’est donc une stratégie du rapport de force qu’a choisi d’adopter le Gabon, faisant de la soutenabilité de sa dette un enjeu autant financier que politique. Une voie étroite entre le défaut technique et l’affirmation d’une souveraineté économique chère au président Oligui Nguema.


