Turkish Airlines, Royal Air Maroc… pourquoi les compagnies désertent Libreville

En un mois, deux compagnies majeures ont suspendu leurs liaisons vers le Gabon. Un ciel devenu l’un des plus taxés du monde, et un signal que même le futur terminal de l’aéroport Léon-Mba pourrait ne pas suffire à inverser.

Sur la même destination, Turkish Airlines et désormais Royal Air Maroc depuis le 24 mai ont annoncé la suspension de leur liaison avec Libreville. En l’espace d’un mois, le Gabon a donc perdu deux de ses connexions les plus stratégiques vers l’Europe et le Maghreb, via deux hubs majeurs du trafic aérien mondial.

Recul de la demande, hausse du prix du kérosène, tensions au Moyen-Orient, l’argument n’a rien d’invraisemblable. Dans la foulée, la suspension frappe plusieurs autres lignes africaines de la compagnie, Bangui, Brazzaville, Kinshasa, Douala, Yaoundé, ainsi que des liaisons européennes. Il serait donc trompeur d’affirmer que la fiscalité gabonaise est la cause directe de ce retrait : aucun communiqué officiel n’établit ce lien.

Lorsqu’une compagnie doit arbitrer entre plusieurs lignes déficitaires ou fragiles, la ligne où les taxes gonflent le prix final du billet de 25 %, comme c’est le cas à Libreville depuis l’entrée en vigueur de la redevance R4, devient la première candidate à la suppression. Dans ce contexte, il est à noter que la fiscalité ne déclenche pas nécessairement la crise. Mais elle désigne, avec une certaine régularité, les victimes.

À cela s’ajoute un bras de fer ouvert avec l’IATA, l’association internationale du transport aérien. Depuis l’entrée en vigueur de la taxe, celle-ci reste, à ce jour, largement impossible à percevoir dans les faits, faute de concertation préalable jugée suffisante par les opérateurs.

Le dossier lui-même suggère une porte de sortie qui rejoint cette intention affichée : porter la question au niveau de la CEMAC, en proposant une initiative d’harmonisation à la baisse inspirée de l’acte CEDEAO. Pour un haut responsable de l’Administration publique, « la modernisation de nos aéroports est indispensable, mais elle ne doit jamais se faire contre le voyageur gabonais. ». Ainsi, le Gabon transformerait cette position du pays le plus taxé du continent, en position de leadership régional. Encore faudrait-il que la déclaration d’intention se traduise, dans les mois qui viennent, par une inflexion réellement mesurable de la trajectoire tarifaire, ce qui, au 7 juillet 2026, reste à démontrer.

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