Gabon : l’eau et les habitudes d’un ministre pressé

Une mesure urgente, qui s’inscrit dans un bilan déjà marqué, pour le ministre en charge du dossier, par une succession d’annonces fracassantes rarement suivies d’effets.

Sur le fond, la mesure répond à une indignation largement partagée : celle de l’accès à une eau potable rare, et devenue objet de spéculation. Le communiqué officiel énonce des faits : sous-traitance, réseau d’un commerce illégal, revendant jusqu’à 20 000 FCFA le mètre cube d’eau là où le gouvernement fixe désormais un tarif plafond à 3 000 FCFA. « Pendant trop longtemps, la pénurie est devenue le fonds de commerce de certains », affirme un internaute.

Sur le papier, l’opération d’urgence est lancée : 55 camions saisis, un déploiement des sapeurs-pompiers, de la Garde républicaine et du génie militaire, et un numéro vert unique (le 18) pour fluidifier les commandes dans le Grand Libreville.

Pourtant, à y regarder de plus près, l’opération souffre d’un défaut qui n’est pas nouveau sous la houlette de l’actuel ministre. Le 6 mars, le ministère de l’accès universel à l’eau et à l’Energie rendait publique la liste des quelque 2 600 clients de la SEEG ne réglant pas leurs factures d’électricité, seize pages de noms dans le quotidien L’Union. Le geste, qui se voulait spectaculaire, presque punitif, avait terni l’effet recherché : de nombreuses identités y figuraient sous une forme incomplète, un prénom accolé à une initiale, ouvrant la porte aux confusions plutôt qu’à la transparence annoncée.

A la lecture de cette annonce, le même vertige de la communication semble frapper l’urgence hydrique : la volonté de trancher dans le vif est louable, mais elle devance une étude de faisabilité que les usagers, eux, subissent au quotidien.

Car, sur le terrain, la machine pourrait se gripper avant même d’avoir tournée. Et sur des réseaux sociaux, déjà restreint, c’est l’incompréhension : « Avant de mettre en place un nouveau dispositif, il aurait été judicieux de s’asseoir avec la SEEG pour établir une véritable cartographie de l’approvisionnement. Tous les quartiers ne sont pas alimentés de la même manière. », souligne un internaute.

D’autres, à l’inverse, saluent une décision qui « va dans le bon sens » et estiment que les débuts chaotiques d’une opération d’urgence ne doivent pas éclipser l’objectif recherché, à condition que le gouvernement multiplie rapidement les lignes téléphoniques et les capacités de livraison.

Le pays qui abrite l’un des plus longs fleuves d’Afrique centrale, l’Ogooué et ses 1 200 kilomètres, le paradoxe, qui mérite d’être souligné, résume à lui seul des décennies de sous-investissement dans les réseaux de distribution. Pour l’heure, mobiliser l’armée pour distribuer l’eau est une décision forte, voire presque radicale. Mais en construire la logistique dans l’urgence, c’est risquer d’ajouter le désordre à la pénurie.

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