Depuis le mandat de dépôt d’Alain Claude Bilie By Nze, les réactions se multiplient. Parmi les plus récentes, celles de Noureddin Bongo Valentin et de son épouse Léa, depuis Londres, qui ont vivement réagi à la mise en examen de leur ancien collaborateur, devenu, par un curieux retournement, le nouveau visage d’une certaine opposition. Une posture qui interroge profondément.
Sur son compte Instagram, Noureddin Bongo Valentin écrit : « L’opposant principal du Gabon est désormais derrière les barreaux. Ce régime est né de l’instrumentalisation de la justice. » Ces mots sonnent étrangement dans la bouche de celui qui fut une figure centrale de la « Young Team », ce cercle de proches qui a longtemps incarné les excès du régime Bongo. Car l’ancien cercle du bord de mer semble frappé d’une amnésie commode, oubliant ce qui a conduit au coup de libération du 30 août 2023 : un climat social délétère fait de disparitions, de détentions secrètes, de tortures de leaders de la société civile, d’emprisonnements sans base légale. Autant d’éléments qui invitent à relativiser, face à une procédure aujourd’hui identifiée et une autorité judiciaire clairement saisie.

De 2009 à 2023, sous le régime d’Ali Bongo, les arrestations arbitraires, les détentions secrètes, les procédures expéditives et la torture, documentée par l’ONU, étaient monnaie courante. Des pratiques auxquelles Noureddin Bongo Valentin, en sa qualité de figure centrale de la « Young Team », a contribué directement ou indirectement.
Sa publication va plus loin : il accuse nommément le directeur de la prison centrale de Libreville, le lieutenant-colonel Ismaël Téléphone Ngoussi, d’être « le même homme qui l’a personnellement conduit au sous-sol du Palais Présidentiel pour y être torturé ». Ce témoignage, pour peu qu’il soit fondé, mérite d’être entendu et sérieusement vérifié par les autorités judiciaires compétentes. Mais il ne saurait, à lui seul, blanchir un bilan.
La question qui s’impose est simple : où étaient Noureddin et Léa Bongo lorsque Kelly Ondo croupissait dans des conditions inhumaines ? Lorsque des dizaines d’opposants disparaissaient dans les méandres d’une justice aux ordres ? Ce silence-là, pesant, prolongé, complice, disqualifie l’indignation d’aujourd’hui.
Dénoncer une machine qu’ils ont contribué à construire et à protéger est, certes, possible. Prétendre en convaincre l’opinion, c’est une autre affaire.



