Il était le maître de cérémonie d’un événement exceptionnel. Les caméras braquées sur lui, les regards du monde posés sur ses épaules. Il aurait pu se laisser griser par le moment. S’envelopper dans la grandeur de l’instant. Beaucoup l’auraient fait.
Brice Clotaire Oligui Nguema a choisi autrement.Au milieu des fastes de l’inauguration du Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba, le chef de l’État a glissé dans son discours une séquence qui a tout changé de ton. Brusquement, sans transition, les mots ont quitté la diplomatie pour atterrir dans les quartiers. Dans les foyers. Dans le quotidien rugueux de millions de Gabonais.
L’eau. L’électricité. L’emploi. La vie chère.
Pas d’envolée rhétorique. Pas de circonvolutions. Juste ces quatre réalités, nommées crûment, devant des chefs d’État étrangers. Comme si le président tenait à ce que le monde entier sache que sa priorité ultime, derrière les palais et les forums, c’est l’homme ordinaire. La femme qui attend l’eau. Le jeune qui cherche du travail. La famille qui calcule ses fins de mois.
Un aveu qui vaut engagement

Il y a quelque chose de politique, au sens le plus noble du terme, dans ce choix de parler des robinets secs depuis la tribune d’une inauguration. C’est une prise de risque. Car en nommant ces problèmes devant témoins internationaux, le président s’y enchaîne. Il ne pourra plus dire qu’il ne savait pas. Il ne pourra plus prétendre que ces questions sont secondaires.
Il a lui-même reconnu « l’impatience légitime » de son peuple. Une formulation qui dit beaucoup. Elle dit que l’impatience est là. Qu’elle est réelle. Et qu’elle est légitime. Pas excessive. Pas ingrate. Légitime.
Le compte à rebours est lancéTrès prochainement, devant le Parlement réuni en congrès, le chef de l’État devra traduire ces intentions en chiffres, en programmes, en calendriers. Ce discours sur l’état de la nation sera le véritable examen de passage. Celui où les déclarations d’intention devront céder la place aux engagements mesurables.
Les Gabonais, eux, se souviendront d’une phrase. Simple. Directe. Prononcée avec une conviction qui ne semblait pas feinte : « Par amour pour le Gabon, je refuse que l’on me dise que cela est impossible. »



