Le communiqué publié par le parti Ensemble Pour le Gabon (EPG), faisant état d’un prétendu isolement et d’un refus de droit de visite à l’égard de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Billie-By-Nzé, suscite une vive controverse dans les sphères judiciaires et médiatiques gabonaises. Des sources judiciaires et pénitentiaires contactées par la presse judiciaire gabonaise apportent un démenti formel, rétablissant les règles procédurales en vigueur et les faits observés sur le terrain.
Une procédure encadrée et non sollicitée

Contrairement aux affirmations du parti EPG, une source judiciaire proche du dossier indique qu’aucune demande de permis de communiquer n’a été introduite depuis le placement en détention préventive de l’ancien chef du gouvernement. Mieux, précise-t-elle, la délivrance de ces autorisations obéit à un calendrier strict : elles ne sont accordées que les jeudis par les autorités compétentes, notamment le parquet ou les cabinets d’instruction près le tribunal de première instance de Libreville.
« Dans ces conditions, parler de « refus » des autorités judiciaires apparaît juridiquement infondé en l’absence même de sollicitation préalable. » Source judiciaire proche du dossier.
Cette précision procédurale est d’une importance capitale. En droit pénal gabonais comme dans la plupart des systèmes juridiques francophones, le permis de communiquer constitue le sésame indispensable permettant à un détenu placé sous mandat de dépôt de recevoir les visites de ses proches et de son conseil. Son absence ne traduit donc pas nécessairement un blocage institutionnel, mais peut simplement résulter d’une démarche non encore engagée par les parties concernées.
Des conditions de détention conformes aux pratiques pénitentiaires

Du côté de l’administration pénitentiaire, une haute autorité de la prison centrale de Libreville apporte des précisions qui battent en brèche l’hypothèse d’un isolement total. Selon cette source, l’épouse de l’ancien Premier ministre ainsi que l’un de ses fils se sont rendus à l’établissement pénitentiaire le 20 avril 2026, munis de nourriture, et ont été correctement accueillis.
Par ailleurs, il est rappelé que les visites aux détenus s’effectuent régulièrement les dimanches, conformément au règlement intérieur de la maison d’arrêt. Ces dispositions s’appliquent à l’ensemble des détenus, sans considération de leur statut ou de leur notoriété, dans le strict respect du principe d’égalité devant la loi pénitentiaire.
Un isolement formellement contesté
Interrogée spécifiquement sur les conditions carcérales de l’intéressé, la même source affirme sans ambiguïté que l’ancien Premier ministre n’est pas en isolement et qu’il se trouve dans des conditions normales de détention. Cette affirmation directe de l’administration pénitentiaire contraste frontalement avec le tableau brossé par le communiqué du parti EPG, qui évoquait une situation d’isolement préoccupante susceptible d’alimenter l’émotion de l’opinion publique.
Une nécessaire mise en perspective

Au regard de ces éléments concordants, le communiqué du parti EPG semble reposer sur des allégations non étayées par les faits procéduraux et administratifs établis. La presse judiciaire gabonaise, soucieuse d’équilibre et de rigueur, rappelle que l’appréciation d’une situation judiciaire ne saurait se faire en dehors du respect des règles de procédure en vigueur.
Dans un contexte où l’opinion publique est particulièrement attentive au traitement des affaires impliquant des personnalités publiques, la vérification des faits demeure une exigence cardinale du débat démocratique. Toute instrumentalisation d’une situation judiciaire à des fins politiques, quelle qu’en soit l’intention déclarée, risque de nuire autant à la personne concernée qu’à la crédibilité des institutions chargées de la défense des libertés fondamentales.
Il appartient désormais aux acteurs concernés à savoir défense, famille et parti politique de s’inscrire dans le cadre procédural prévu par la loi pour faire valoir leurs droits légitimes, et à la presse de continuer à exercer sa mission de vérification avec la même rigueur, loin des pressions de toute nature.




