Enjeux des infrastructures en RDC pour l’agriculture

Routes dégradées et accès aux marchés
La République Démocratique du Congo (RDC) fait face à une crise d’infrastructures qui affecte directement la production et la commercialisation de ses ressources agricoles. Les routes, essentielles pour acheminer les produits vers les marchés, sont souvent en état de délabrement avancé. Par exemple, dans la province du Kwilu, des axes tels qu’Idiofa-Gombe-Kashibanda deviennent impraticables après de fortes pluies, rendant difficile l’accès aux bassins de production. Kintolo, administrateur du territoire d’Idiofa, souligne que cette situation contraint les producteurs à utiliser des moyens de transport rudimentaires, tel que des vélos et des motos, augmentant ainsi les coûts de transport et réduisant les marges bénéficiaires.
Cette problématique est aggravée par le fait que de nombreux petits producteurs peinent à écouler leurs récoltes à temps, entraînant perte de qualité et diminution des prix. Des témoignages d’agriculteurs révèlent que les récoltes peuvent mettre des semaines à atteindre les marchés urbains, nuisant ainsi à leur rentabilité. La dégradation des routes représente donc un obstacle majeur à la compétitivité des produits agricoles congolais.
En outre, l’absence de routes praticables limite l’accès aux intrants essentiels, tels que semences et engrais. Bien que des initiatives comme le Programme de mise en valeur des savanes et forêts dégradées (PSFD) aient introduit des semences certifiées, l’accès à des engrais adaptés reste problématique pour de nombreux paysans. Cela compromet leur capacité à augmenter leur productivité, alors que la demande sur les marchés ne cesse de croître.

Financements et investissements insuffisants
Un enjeu majeur relatif à l’état des infrastructures en RDC est le manque de financements adéquats pour le développement rural. Les incertitudes politiques et économiques ralentissent les ambitions des coopératives agricoles, qui ont du mal à obtenir les financements nécessaires pour leurs projets. Le président Félix Tshisekedi a récemment annoncé des projets ambitieux pour réhabiliter des routes de desserte agricole, mais leur mise en œuvre dépendra des financements disponibles.
Le budget consacré au transport routier pour 2025, évalué à plus de 746 millions de dollars, paraît insuffisant au regard des besoins réels. Selon l’expert Franck Ange, le coût de réhabilitation d’un kilomètre de route pourrait atteindre 35 000 à 45 000 dollars, limitant ainsi les projets à environ 30 000 à 38 987 kilomètres. De plus, le suivi des fonds décaissés est crucial : jusqu’en septembre 2024, à peine 4,9 % du budget avait été utilisé. Cette situation soulève des questions sur la capacité du gouvernement à tenir ses promesses d’amélioration des infrastructures.
Les petits producteurs, souvent exclus des circuits de financement formels, se retrouvent dans une situation précaire. L’absence d’une banque de crédit agricole et le manque d’investissements publics dans les infrastructures rendent difficile l’acquisition d’équipements modernes et le renouvellement des semences, impactant ainsi leur compétitivité sur le marché.

Conséquences sur la sécurité alimentaire et le développement économique
Les enjeux liés aux infrastructures en RDC transcendent la seule production agricole, avec des répercussions majeures sur la sécurité alimentaire et le développement économique du pays. L’effondrement du pont sur la rivière Emboo, par exemple, a gravement perturbé l’économie locale en interrompant les voies de transport essentielles pour l’approvisionnement en biens. Le gouverneur du Haut-Uele a averti que cette situation pourrait aboutir à un enclavement total, menaçant l’approvisionnement en produits essentiels.
De plus, la dégradation des infrastructures accroît la dépendance aux importations alimentaires, alors que la RDC possède un potentiel agricole considérable. Le ministre d’État à l’Agriculture, Grégoire Mutshail, a souligné la nécessité de mécaniser l’agriculture pour améliorer la productivité, surtout pour les femmes. Cependant, sans des infrastructures appropriées, ces efforts risquent d’être vains.
Finalement, l’archevêque Félicien Tambwe a récemment interpellé le président Tshisekedi sur l’importance de l’électricité, en complément des infrastructures routières. Il a affirmé que sans électricité, le développement industriel du Grand Kasaï serait compromis, mettant en lumière la nécessité d’une approche intégrée qui allie le développement des infrastructures routières à l’accès à l’énergie et à l’eau potable.
Les défis liés à l’état des infrastructures en RDC soulèvent des questions cruciales sur l’avenir de l’agriculture et de l’économie du pays. Comment le gouvernement peut-il garantir un financement adéquat pour la réhabilitation des infrastructures ? Quelles mesures peuvent être envisagées pour améliorer l’accès des petits producteurs aux marchés et aux intrants ? Les réponses à ces questions détermineront la capacité de la RDC à exploiter son potentiel agricole et à assurer la sécurité alimentaire de sa population.




