Au Gabon, le ministre des Finances attendu au tournant avant le vote du budget rectificatif

À quelques jours de l’examen du projet de loi de finances rectificative 2026, les hypothèses économiques retenues par Libreville soulèvent de sérieuses interrogations. Les parlementaires réclament des explications sur les choix de cadrage avant tout vote.

Le ministre des Finances, Thierry MINKO, se retrouve dans une position délicate. Alors que le projet de loi de finances rectificative (PLFR) pour 2026 s’apprête à être soumis au Parlement, plusieurs hypothèses centrales du texte peinent à convaincre. Entre une prévision de croissance fortement revue à la baisse, un prix du baril de pétrole retenu à un niveau jugé contestable, et l’absence quasi totale de tout cadrage sur l’inflation, le document transmis aux législateurs appelle de toute urgence certaines clarifications.

La situation budgétaire du pays est pourtant connue : le Gabon doit ajuster ses dépenses, faire face à des tensions de trésorerie et honorer ses engagements vis-à-vis du Fonds monétaire international (FMI). Nul ne conteste la nécessité d’un budget rectificatif. Mais une loi de finances, surtout en période sensible, doit reposer sur des fondements solides, lisibles et vérifiables.

Un baril à 75 dollars : prudence ou minoration ?

Premier point d’achoppement : l’hypothèse pétrolière. Le PLFR2026 retient un cours du baril à 75 dollars. Dans un pays où les recettes pétrolières demeurent déterminantes pour l’équilibre budgétaire, ce choix n’est pas anodin. S’il procède d’une volonté délibérée de prudence, ce qui est une démarche respectable, le ministre se doit de le dire clairement, sans réponse sur l’affectation des recettes supplémentaires, la prudence devient difficile à distinguer d’une sous-budgétisation.

La question centrale est la suivante : si les cours internationaux devaient durablement dépasser ce seuil de 75 dollars, que devient l’écart de recettes ? Est-il absorbé par la dette ? Affecté à l’investissement ? Versé à un compte spécial ? Intégré à la trésorerie générale ? Sans réponse précise à ces interrogations, le mécanisme reste opaque pour les parlementaires appelés à voter le texte.

Une croissance revue à 4 %

Deuxième question d’intérêt : la révision de la prévision de croissance. La loi de finances initiale tablait sur 6,5 %. Le PLFR la ramène à 4 %. Une telle correction, en l’espace de quelques mois seulement, ne peut être passée sous silence. Elle peut trouver des explications légitimes, détérioration de l’environnement international, retards dans l’exécution des investissements, difficultés sectorielles, mais encore faut-il que le texte les expose explicitement.

Quels secteurs ralentissent ? Quelle part du recalibrage est imputable au pétrole, aux matières premières, au BTP ou à la consommation intérieure ? Sans réponse à ces questions, le PLFR risque d’apparaître davantage comme un ajustement comptable que comme un véritable cadrage macroéconomique. Et c’est précisément à ce niveau d’exigence que les parlementaires sont en droit d’attendre du ministre une démonstration rigoureuse des prévisions annoncées.

Trois conditions pour un vote éclairé

À l’heure où le Gabon s’engage dans une relation exigeante avec ses partenaires financiers internationaux, et alors que la crédibilité budgétaire du pays est scrutée de près, le Parlement a besoin d’un document sincère pour voter en responsabilité. Les partenaires internationaux ont besoin de données cohérentes pour apprécier la trajectoire réelle du pays.

C’est donc bien au ministre des Finances qu’il revient de sécuriser le texte avant son examen en séance. Trois clarifications sont indispensables : expliquer le choix du baril à 75 dollars et prévoir un mécanisme de régulation des recettes excédentaires ; justifier, avec des données sectorielles, la révision de la croissance de 6,5 % à 4 % ; et intégrer enfin un cadrage macroéconomique complet incluant l’inflation et le PIB nominal.

Le Gabon peut défendre une politique de prudence budgétaire. Mais cette prudence doit être lisible, documentée et assumée.

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