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Gabon 2016 : Un massacre couvert par le Quai d’Orsay !

Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères. Nicolas Roche, son directeur de cabinet. Rémi Maréchaux, son directeur Afrique. Christophe Bigot, son successeur à ce poste. Ce sont leurs signatures au bas des décisions. Ce sont leurs courriels qui racontent l’histoire. Et cette histoire est accablante.

Été 2016. Ali Bongo Ondimba, héritier d’une dynastie qui étouffe le Gabon depuis 1967, est reconduit au pouvoir par une élection que personne ne peut défendre sérieusement. Le peuple refuse. Ali Bongo Ondimba répond par la mitraille. Dans la nuit du 31 août au 1er septembre, un hélicoptère arrose le quartier général de campagne de Jean Ping depuis les airs. Au sol, des hommes encagoulés pénètrent dans le bâtiment et tirent sans sommation. Des dizaines de blessés. Des morts. Un carnage documenté, photographié, témoigné devant la consule française elle-même.

Deux plaintes sont déposées en France pour torture, détentions arbitraires, tentative d’assassinat et crime contre l’humanité. L’OCLCH, l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, est saisi. Il réclame au Quai d’Orsay les télex, notes et échanges diplomatiques de la période. Procédure ordinaire. Ce qui se passe alors ne l’est pas.

Le ministère trie, filtre, enterre

Les courriels internes du Quai d’Orsay, consultés par Marianne, sont dévastateurs. Maréchaux reconnaît lui-même que la répression avait été « particulièrement violente, avec une attaque à la mitrailleuse lourde, par hélicoptère, suivie d’interventions d’escadrons de la mort masqués ». La France sait. Elle a su dès le premier jour. Et quand la justice lui demande de coopérer, Nicolas Roche donne le ton : « procéder en deux temps », peser les « conséquences politiques » avant de répondre aux enquêteurs. Ce n’est plus de la diplomatie. C’est de la soustraction à la justice.

Sur 315 documents identifiés, aucun classifié secret défense, Christophe Bigot n’en transmet que 35. Parmi les pièces enterrées : des photos de six corps gisant dans une mare de sang, un homme nu aux membres disloqués, des témoignages de viols collectifs suivis d’exécutions d’une balle dans la nuque. Des preuves irréfutables d’un massacre. Retenues. Toutes retenues. Les propres juristes du ministère finissent par s’alarmer par écrit : le Quai donne « l’impression de vouloir couvrir les violences post électorales de 2016 ». L’impression. Comme si l’enjeu était l’image du ministère et non la vérité sur des cadavres gabonais.

Des Français ont-ils tué pour Ali Bongo Ondimba ?

C’est la question que les documents retenus auraient pu trancher. Car l’une des plaintes désigne nommément des ressortissants français parmi les auteurs de la répression : un ancien officier de l’Armée de terre, numéro 2 du renseignement gabonais sous l’indicatif « 02 » ; deux anciens légionnaires assurant la sécurité d’Ali Bongo Ondimba, dont l’un aperçu au QG de Ping avant l’assaut ; enfin, Frédéric Bongo Ondimba frère du président, titulaire de la double nationalité franco gabonaise, directeur général du renseignement gabonais. Des citoyens français auraient-ils physiquement participé à ce massacre ? Et si oui, Le Drian, Roche, Maréchaux et Bigot ont-ils sciemment organisé leur impunité ?

Un homme refuse de se taire

À la veille de la présidentielle française de 2022, deux ans après la première réquisition, les documents manquants n’avaient toujours pas bougé. Le Quai continuait d’affirmer qu’il collaborait « pleinement » avec la justice. En décembre 2024, un agent du ministère brise la loi du silence et saisit directement la procureure de la République, Laure Beccuau, au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale pour entrave à la justice. Il a été invité à porter plainte le 11 septembre. Un seul homme qui décide que les morts du Gabon valent plus que sa carrière.

Quant à Christophe Bigot, écarté de ses fonctions le 12 décembre 2023, un diplomate résume la chose avec un cynisme désarmant : « Il tirait depuis trop longtemps sur la corde. » On ne le sanctionne pas pour avoir entravé une enquête sur un massacre. On lui reproche d’avoir exagéré dans la durée. Cette nuance dit tout de la culture qui règne au Quai d’Orsay.

Le coup de libération d’août 2023 a balayé Ali Bongo Ondimba. Mais la justice n’a pas encore rendu son verdict. Les morts de 2016 attendent. La France doit livrer ces 315 documents, sans délai, sans tri, sans le filtre de Christophe Bigot. Parce que la démocratie ne se proclame pas dans les discours. Elle se prouve dans les actes. Même quand ça fait vraiment mal.

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