Le 7 mai dernier, Citigroup a relancé le débat sur une éventuelle dévaluation du franc CFA d’Afrique centrale. La recommandation de dévaluation publiée par la banque américaine pose une question de fond : qui parle avec autorité de la monnaie d’Afrique centrale,l’institut d’émission ou les analystes des marchés ? Décryptage.
Pour son économiste en chef pour l’Afrique de Citigroup, David Cowan, préconise une dévaluation du franc CFA d’Afrique centrale, citant nommément le Gabon. L’analyse de la banque repose sur trois arguments : stimuler la compétitivité, enrayer la chute des réserves de change, alléger la dette publique, un examen des données conduit à la conclusion inverse.
La dette ne s’allègerait pas , elle s’aggraverait

La note de Citigroup s’inscrit dans une grille de lecture internationale qui valorise la flexibilité du change comme variable d’ajustement. Elle fait l’impasse sur le coût social et mémoriel d’un tel choix dans une économie ouverte, importatrice et endettée, et sur le fait que la stabilité monétaire constitue, pour la zone franc, un actif stratégique à défendre, non une variable à brader.
La voie structurelle plutôt que l’ajustement monétaire
Les difficultés de la zone CEMAC sont réelles. Elles appellent des réponses à la hauteur : consolidation budgétaire, discipline de rapatriement des recettes, programme FMI, réformes sectorielles. Ces chantiers sont engagés au Gabon depuis août 2023. Une dévaluation ne traiterait que les symptômes, au prix d’une régression sociale dont les effets se mesurent en années.
L’autorité, in fine, reste à Yaoundé

En réalité, la question ne souffre pas de débat : la BEAC décide, les marchés commentent. En pratique, la frontière est plus poreuse. Une recommandation médiatisée par Bloomberg crée une attente, alimente la rumeur, peut fragiliser la confiance dans la monnaie qu’elle prétend analyser. C’est pourquoi la réponse ferme et répétée du gouverneur Bangui n’est pas seulement une clarification technique. C’est un acte de politique monétaire à part entière, la démonstration que l’institution tient sa ligne face à la pression des marchés.
Pour le Gabon, dont la Ve République a engagé depuis août 2023 un programme de stabilisation macroéconomique exigeant, ce signal de fermeté institutionnelle vaut davantage, à court terme, que n’importe quel ajustement de parité. Les difficultés de la zone CEMAC sont réelles. Elles appellent des réponses à la hauteur : consolidation budgétaire, discipline de rapatriement des recettes, programme FMI, réformes sectorielles. Ces chantiers sont engagés au Gabon depuis août 2023. Une dévaluation ne traiterait que les symptômes, au prix d’une régression sociale dont les effets se mesurent en années.
Le Trésor français et le FMI, qui négocient un nouveau programme avec Libreville, n’ont pas posé cette mesure comme conditionnalité. Citigroup est seul dans cette position.



