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Sénégal : l’ancien Plan B veut-il effacer le Plan A ?

Il y a des moments dans la politique africaine où le disciple finit par tuer le maître. Non pas avec un couteau, mais avec une signature, un sourire et un micro. Bassirou Diomaye Faye est peut-être en train de vivre l’un de ces moments. Lui, l’homme sorti de prison quarante-quatre heures avant de remporter la présidentielle sénégalaise. Lui, le candidat de substitution, le « Plan B » du Pastef. Il vient d’annoncer une décision qui change tout : la création de la Coalition Diomaye Président.

Le nom dit tout. Pas « Coalition pour le Sénégal ». Pas « Ensemble pour l’avenir ». Diomaye Président. Son nom. Sa marque. Son territoire. Dans la politique de l’Afrique de l’Ouest, où les noms des coalitions fonctionnent comme des déclarations de guerre à peine déguisées, le message est d’une clarté chirurgicale.

Le fils qui grandit trop vite

Pour comprendre la portée de ce mouvement, il faut remonter à mars 2024. Ousmane Sonko, empêché de se présenter, choisit son compagnon de cellule comme candidat. Faye gagne au premier tour avec une majorité historique : 54 % des voix. La lecture initiale est unanime. Faye présidera, Sonko gouvernera. Le premier sera la façade institutionnelle, le second le vrai moteur idéologique. Un arrangement à l’africaine, entre deux hommes qui se font confiance parce qu’ils ont souffert ensemble.

Mais la politique ne fonctionne jamais comme prévu.

Au fil des mois, des signaux faibles ont commencé à s’accumuler. Des décisions prises sans la bénédiction du Pastef. Des nominations qui surprennent les proches de Sonko. Et maintenant, le couronnement de cette longue marche vers l’autonomie : l’adoubement d’Aminata Touré. Ce choix n’est pas anodin. « Mimi » Touré fut la Première ministre de Macky Sall, l’homme que Sonko a combattu pendant une décennie, l’ennemi fondateur de toute son épopée politique. La faire entrer dans le camp Diomaye, c’est briser un tabou et envoyer un message aux partisans du Pastef : le président a sa propre boussole.

« Diomaye ne veut plus être le Plan B de personne. Il construit son camp, sa machine, son avenir. »

300 maires : une armée de terrain

Les 300 maires ralliés constituent l’ossature territoriale de cette nouvelle ambition. Ce chiffre n’est pas symbolique. C’est une armée de terrain, des réseaux locaux, des bureaux de vote, des comités de quartier. Au Sénégal comme partout en Afrique, le maire est le premier maillon de la chaîne politique : celui qui mobilise, qui explique, qui distribue. Faye s’est offert un ancrage local que le Pastef ne contrôle plus exclusivement.

La mécanique est redoutable dans sa simplicité. Quand les législatives arrivent, ce ne sont pas les discours qui gagnent les circonscriptions. Ce sont les maires. Ce sont eux qui connaissent les familles, qui savent quel quartier a besoin d’un forage et lequel attend une école. En s’assurant leur loyauté, Diomaye Faye a fait quelque chose que peu de présidents africains réussissent en si peu de temps : il s’est donné les moyens de gagner sans son parrain.

Sonko : le silence qui gronde

Reste la question centrale, celle que tous les observateurs posent à voix basse dans les couloirs feutrés de la place de l’Indépendance comme dans les grins animés de la Médina : Diomaye Faye peut-il survivre politiquement sans Ousmane Sonko ?

La réponse honnête est qu’on ne sait pas encore.

Sonko reste une force politique considérable, avec une base militante idéologiquement soudée et une capacité de mobilisation émotionnelle que peu de leaders africains peuvent lui envier. S’il perçoit la manœuvre de Faye comme une trahison, les prochains mois pourraient être violents, politiquement parlant. Un Sonko lâché dans l’opposition contre son propre président, c’est un incendie que personne ne sait encore maîtriser.

Mais il existe une autre lecture, plus subtile. Peut-être que Faye n’efface pas le Plan A. Peut-être qu’il accomplit quelque chose de plus remarquable : il devient lui-même un plan, le sien propre, pour la première fois depuis qu’il est entré dans la vie publique. Et dans cette Afrique où les héritiers politiques peinent souvent à s’affranchir de leurs parrains, il y a quelque chose de presque révolutionnaire dans cette discrétion émancipatrice.

L’Histoire s’écrit toujours dans la douleur

La scène politique sénégalaise entre dans une ère nouvelle. Deux coqs dans la même basse-cour institutionnelle. Un président qui construit. Un ancien mentor qui observe, et dont le silence vaut tous les discours. Et un pays qui, comme toujours, mérite mieux que les guerres d’ego de ses élites, mais qui sait, mieux que quiconque, que c’est souvent par ces guerres-là que l’Histoire s’écrit.

La grande question n’est pas de savoir si Diomaye peut survivre sans Sonko. La vraie question est : est-ce que Sonko peut survivre sans Diomaye ?

Et celle-là, personne au Sénégal n’ose encore y répondre.

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