Alors que le Gabon amorce un tournant décisif avec la présidentielle de 2025, un changement de paradigme semble émerger au sein de l’électorat. Après décennies de promesses creuses et de discours formatés, les citoyens exigent aujourd’hui des engagements concrets, à mille lieues des effets de manche inspirés des campagnes occidentales. C’est dans ce contexte que le candidat et ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze tente de captiver les foules, armé de son art oratoire reconnu. Mais cette rhétorique suffira-t-elle à convaincre un peuple en quête de réalisme ?
L’art du verbe face à la soif de réalisme

Alain-Claude Bilie-By-Nze n’est pas un novice en politique. Ancien ministre de la Communication, ex-Premier ministre sous l’ancienne présidence, il a longtemps été l’une des voix dominantes du pouvoir. Maître dans l’art de la rhétorique, il a souvent manié la parole avec une aisance qui force le respect. Mais cette élection est différente. La transition militaire qui a suivi le renversement d’Ali Bongo a réveillé une aspiration populaire : celle d’une refondation politique basée sur des actes tangibles plutôt que sur de belles formules.
Face à ce nouvel état d’esprit, un défi se pose aux candidats : comment réconcilier discours et actions ? Pour Bilie-By-Nze, la stratégie semble reposer sur un retour à son talent oratoire, son intelligence et sa connaissance des dossiers tout en tentant d’embrasser des thèmes plus pragmatiques. Il ne cesse de marteler son expérience gouvernementale et sa connaissance des rouages de l’administration, espérant convaincre qu’il est l’homme de la situation. Mais suffit-il aujourd’hui d’aligner des arguments bien huilés pour répondre aux attentes pressantes des Gabonais ?
Une population en rupture avec les grands orateurs

Depuis des années, les campagnes électorales au Gabon s’inspirent des modèles occidentaux : slogans bien pensés, discours soigneusement écrits, attaques politiques savamment orchestrées. Or, la réalité gabonaise est bien loin de ces stratégies importées. Le citoyen moyen ne cherche plus à être impressionné par une belle tournure de phrase, mais attend des réponses claires à des problèmes concrets : infrastructures défaillantes, difficultés économiques, démocratisation effective du système politique.
Dans ce climat, le jeu des alliances et des joutes verbales semble avoir perdu de sa superbe. Les Gabonais scrutent avec plus d’acuité la cohérence entre le passé des candidats et leurs ambitions affichées. Ceux qui ont été aux commandes sont confrontés à une question incontournable : pourquoi ne pas avoir appliqué ces solutions lorsqu’ils étaient en fonction ?
Vers un renouveau politique ?

L’élection de 2025 pourrait bien marquer un tournant. Loin des effets de style et des débats académiques, elle sera probablement dominée par une exigence de pragmatisme. Le succès reviendra sans doute à celui ou celle qui proposera des mesures applicables immédiatement, avec un calendrier et des moyens concrets. Les candidats devront sortir des sentiers battus et prouver qu’ils sont capables de transformer les discours en actes.
Pour Alain-Claude Bilie-By-Nze, le défi est immense. Son talent oratoire est indéniable, mais suffira-t-il à convaincre un électorat lassé des promesses non tenues ? L’heure est venue pour lui, et pour tous les prétendants, d’adapter leur approche à une population qui attend des changements palpables. Car au Gabon, plus qu’ailleurs, les mots ne pèsent plus aussi lourd face aux réalités du quotidien.