Combien le Gabon doit-il ? Trois chiffres, une seule réponse attendue

Le 25 septembre, le chef de l’État a demandé la transparence sur la dette. Dans les jours qui ont suivi, trois chiffres sans réconciliation, un emprunt lancé à douze jours des Assemblées du FMI et un refus de répondre à la presse financière ont entamé le meilleur argument du Gabon. Ceux qui avaient la charge d’appliquer la ligne présidentielle ne l’ont pas fait. Chronologie.

25 septembre, Port-Gentil. Le Président de la République reçoit la délégation du Fonds monétaire international. Il demande, selon le compte rendu public, « davantage de transparence » sur le niveau réel de la dette et « une lecture partagée » de la situation financière avec les partenaires du pays. Le lendemain, le FMI publie un communiqué qui retient l’audit gabonais de la dette comme base de discussion et salue un « programme ambitieux de réformes ». Depuis janvier, cet audit vaut au Gabon la meilleure performance de l’indice des pays émergents (+19 %). La ligne du chef de l’État est claire, elle est connue des partenaires, et elle fonctionne.

Ce que disaient les chiffres. En juillet, le document remis aux investisseurs pour l’emprunt de 920 millions de dollars estime la dette à 9 400 milliards de FCFA à fin 2025 et annonce que l’audit la fera « baisser significativement ». Le 13 septembre, le ministère de l’Économie et des Finances présente un point de départ de 11 700 milliards. Le 15, il officialise un point d’arrivée de 9 524 milliards, soit 68,91 % du PIB. Le chiffre d’après l’audit dépasse donc celui de juillet, qui devait baisser. Les deux peuvent être justes si le périmètre a changé, mais aucun document public ne le dit. Le rapport d’audit n’a pas été publié : il est « exclusivement destiné au FMI », a indiqué le ministère. C’est l’inverse de la transparence demandée par le Président.

30 septembre, cinq jours plus tard. Le lendemain d’un rapport de la Banque mondiale qui estime la dette « à plus de 80 % du PIB », le ministère mandate une banque pour lever 580 millions de dollars, à douze jours des Assemblées du FMI à Bangkok. Les investisseurs cités par IFR puis Bloomberg posent deux questions : pourquoi maintenant, et lequel des trois chiffres est le bon. Plusieurs estiment qu’il aurait mieux valu « attendre un nouvel accord avec le FMI ». Une question demeure : qui, dans l’appareil, a jugé opportun de lancer cette opération cinq jours après que le chef de l’État a demandé de la clarté ?

2 octobre. Bloomberg sollicite le gouvernement sur les niveaux de dette. Réponse : il « refuse de commenter ». Dans le même article, l’agence constate que les obligations du Gabon ont été « les moins performantes de tous les pays émergents » sur la semaine, avec un rendement record de 13,1 % sur le titre 2033. Le budget 2027 prévoit 1 144 milliards à emprunter sur ces marchés, et chaque point de taux supplémentaire représente environ 11 milliards de FCFA par an. Ce surcoût ne vient pas de la ligne présidentielle, mais de son non-respect.

Ce qui manque. Une page : les trois chiffres côte à côte, avec leur date, leur périmètre et ce qui a été retiré, publiée et transmise au FMI avant Bangkok. C’est très exactement la « lecture partagée » demandée par le chef de l’État le 25 septembre. Elle ne dépend ni du FMI, ni des marchés, ni du Président, mais de ceux qui détiennent le rapport et pilotent la communication financière : le ministère, son cabinet, les conseillers chargés du dossier.

Le Président a fixé la ligne. Il revient à son entourage de la tenir, ou d’en répondre.

Sources : Africa24, 25 septembre 2026 ; FMI, communiqué du 26 septembre 2026 ; ministère de l’Économie et des Finances, communiqué du 15 septembre 2026 ; GabonReview, 16 septembre 2026 ; Banque mondiale, Revue des finances publiques, 29 septembre 2026 ; IFR, 1er octobre 2026 ; Bloomberg, 30 septembre et 2 octobre 2026.

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