Dans la plupart des pays, les hommes se suicident bien plus souvent que les femmes, alors qu’ils reçoivent moins de diagnostics de dépression.
Un écart de mortalité massif
Selon l’Organisation mondiale de la santé, le taux mondial de suicide standardisé selon l’âge était, en 2021, de 12,3 pour 100 000 chez les hommes contre 5,6 pour 100 000 chez les femmes , soit 2,2 fois plus élevé chez les hommes à l’échelle mondiale. En Europe, l’écart est encore plus marqué : les hommes représentaient 76,4 % de l’ensemble des décès par suicide dans l’Union européenne en 2023, avec un taux brut de 16,9 pour 100 000 hommes contre 5 pour les femmes.
Source : OMS ; Euronews, données Eurostat 2026
Moins de diagnostics, pas moins de souffrance
Ce déséquilibre ne s’explique pas par une meilleure santé mentale masculine. Les Instituts de recherche en santé du Canada relèvent que les hommes souffrant de dépression ont deux fois moins de chances de recevoir un diagnostic que les femmes, bien qu’ils courent un risque trois à quatre fois plus grand de se suicider.
Source : IRSC
En France, une étude lancée par l’AP-HP et l’université Paris Cité pointe le même paradoxe : si les épisodes dépressifs semblent plus courants chez les femmes, le taux de suicide masculin reste trois fois supérieur , un écart qui pousse les chercheurs à évoquer un sous-diagnostic de la dépression chez les hommes, plutôt qu’une réalité clinique plus douce.
Source : AP-HP / Université Paris Cité
Une détresse qui ne ressemble pas à ce qu’on attend
Chez les hommes, la dépression prend souvent une forme atypique : irritabilité, prise de risques, retrait, hyperinvestissement dans le travail. Les outils de dépistage classiques, construits sur des symptômes plus fréquents chez les femmes, passent régulièrement à côté de ces manifestations.
Source : Planète Santé
Le frein à la consultation
En France, 75 % des suicides concernent des hommes, alors que les femmes représentent 78 % des consultations psychologiques en 2022. Les chercheurs canadiens du Dr John Oliffe observent que les hommes associent souvent le fait de demander de l’aide à une perte de masculinité, ce qui retarde ou empêche la démarche.
Sources : La Grande Conversation (Institut Montaigne) ; IRSC
L’alexithymie, un facteur documenté
Les hommes sont par ailleurs surreprésentés dans les études sur l’alexithymie , la difficulté à identifier et nommer ses propres émotions. Le Pr Olivier Luminet (UCLouvain) précise que si l’alexithymie touche en moyenne davantage les hommes, elle se manifeste surtout chez eux par une difficulté à verbaliser ce qu’ils ressentent, plutôt qu’à le reconnaître.
Source : DailyScience / UCLouvain, 2024


