Le contraste est saisissant selon plusieurs économistes. Au deuxième trimestre 2026, le taux effectif global (TEG) moyen des crédits s’établit à 21,51 % au Gabon, contre 8,31 % au Cameroun, selon les données de la BEAC. Soit un coût du crédit environ 2,6 fois plus élevé à Libreville qu’à Douala. Une situation d’autant plus remarquable que les deux pays partagent la même monnaie, le franc CFA, la même banque centrale et un taux directeur fixé à 5 %. Derrière cette différence se cache donc moins le prix de l’argent lui-même que l’ensemble des coûts des risques qui entourent son accès.
Premier facteur : le poids des frais annexes. Dans le pays, le taux d’intérêt nominal ne suffit pas à mesurer le véritable coût d’un emprunt. Commissions, frais de dossier, assurances et autres frais de gestion alourdissent sensiblement la facture finale. Selon les données citées dans le rapport de la BEAC, ces charges représenteraient 63,85 % du coût total du crédit au Gabon. Un emprunteur peut ainsi se voir proposer un taux nominal relativement modéré, tout en supportant un TEG nettement plus élevé une fois l’ensemble des frais intégrés. C’est cette différence entre le taux affiché et le coût réellement supporté qui pèse lourdement sur le financement des ménages et des entreprises.
À cela s’ajoute la structure du marché bancaire. Les établissements de crédit gabonais consacrent une part importante de leurs ressources au financement de l’État à travers les titres publics. Cette situation peut réduire les ressources disponibles pour le secteur privé et contribuer à renchérir les conditions d’accès au crédit. Au Cameroun, le nombre plus important d’établissements bancaires crée une configuration concurrentielle différente. Cette concentration ne permet toutefois pas, à elle seule, de conclure que les banques fixent librement leurs tarifs : elle constitue plutôt un élément de la structure du marché à mettre en regard des autres facteurs.
Enfin, le risque associé aux emprunteurs pèse sur le prix du crédit. Qualité des garanties, capacité de remboursement, fragilité de certaines PME, fiabilité des documents comptables ou encore efficacité du recouvrement sont autant d’éléments pris en compte par les banques. La forte présence des découverts et des financements à court terme au Gabon constitue également un facteur de risque. Au bout du compte, le paradoxe est clair : même monnaie, même banque centrale, même taux directeur, mais un coût du crédit radicalement différent. Pour les entreprises comme pour les particuliers, la question devient alors centrale : comment réduire durablement le coût du financement afin de faciliter l’investissement et stimuler davantage le crédit au secteur privé gabonais ?



