Absence d’une extrême-gauche au Cameroun

Un héritage historique de luttes sociales
Le Cameroun, marqué par une histoire politique riche et complexe, a vu se former des mouvements de gauche durant la période coloniale. L’Union des populations du Cameroun (UPC), fondée en 1948, a joué un rôle déterminant dans la lutte pour l’indépendance et a défendu des revendications sociales fortes. Pourtant, la présente absence d’une extrême-gauche structurée interroge l’évolution politique du pays. Louis-Marie Kakdeu, dans son analyse, souligne la lutte historique de la gauche camerounaise pour l’égalité et la justice, une dynamique désormais largement obsédée par d’autres préoccupations.
En effet, bien que l’UPC demeure un symbole historique, elle n’exerce plus de véritable influence politique. Les idéaux de justice sociale et d’égalité ont cédé la place à des préoccupations plus individualistes et clientélistes. Cette mutation affecte profondément la mobilisation sociale et politique, rendant une alternative à l’ordre établi presque impossible.
En outre, l’absence d’une extrême-gauche structurée entrave l’organisation des mouvements sociaux autour de causes collectives. Les luttes identitaires et micro-nationalistes prennent le dessus sur les revendications sociales, affaiblissant par conséquent la cohésion nécessaire pour un changement systémique. Ainsi, les combats pour l’égalité et la justice sociale, censés être au cœur des préoccupations politiques, sont relégués au second plan.

Les conséquences sur la mobilisation sociale
La réalité actuelle du Cameroun est marquée par un faible degré de mobilisation pour des causes sociales cruciales. Les grèves ouvrières, qui devraient unir les luttes sociales, se déroulent souvent en isolation et manquent de soutien. Kakdeu observe que les mouvements de gauche peinent à s’opposer aux enjeux environnementaux ou à l’accaparement des terres, des questions fondamentales touchant directement les couches les plus vulnérables de la population.
Ce manque de mobilisation collective influence directement la perception qu’ont les citoyens de la politique. Désillusionnés par un système préférence à l’individualisme au détriment du bien commun, les électeurs s’éloignent des urnes. Ainsi, le report des élections, mentionné par Kakdeu, dépasse la simple question logistique ; il traduit le désenchantement d’une opinion publique incapable de s’unir autour d’une vision politique alternative.
Par ailleurs, l’absence d’une extrême-gauche structurée freine l’émergence de leaders charismatiques pouvant fédérer les masses autour d’une cause unificatrice. Les mouvements actuels, souvent désunis et focalisés sur des luttes identitaires, échouent à instaurer une dynamique de changement capable de défier le statu quo. Cela soulève des questions cruciales sur l’avenir du pays et sur la possibilité d’une transformation sociale significative.

Vers un changement de paradigme ?
Dans ce contexte, une question émerge : comment le Cameroun peut-il envisager un changement de système et d’idéologie sans une extrême-gauche structurée ? Kakdeu plaide pour une transformation de l’opinion publique avant les prochaines élections, soulignant la nécessité d’une sensibilisation et d’une éducation politique, pour raviver le goût de la mobilisation collective.
Il est primordial que les mouvements de gauche, malgré leur fragilité actuelle, commencent à se regrouper autour de valeurs telles que l’égalité, la justice sociale et la protection de l’environnement. La création de coalitions entre divers groupes sociaux pourrait renforcer leur voix et leur influence. Bien que l’UPC soit un souvenir lointain, elle pourrait servir de modèle pour une renaissance de la gauche au Cameroun.
En somme, l’absence d’une extrême-gauche structurée est un défi majeur pour le paysage politique camerounais. Un changement de paradigme s’avère plus urgent que jamais. Les citoyens doivent être incités à s’engager dans des luttes collectives, à revendiquer leurs droits et à travailler pour un avenir plus juste. La question demeure : le Cameroun saura-t-il relever ce défi et raviver une véritable lutte pour l’égalité et la justice sociale ?




