Notre rédaction publie ici la libre pensée de Bruno, citoyen vivant à Ntoum, observateur engagé et acteur de la société civile, qui s’interroge sur la responsabilité individuelle et collective à l’heure où le numérique façonne nos vies, nos interactions et nos sociétés.
La suspension temporaire des plateformes du groupe Meta au Gabon n’est pas un simple fait technique. C’est un signal fort, un rappel de ce que nous avons trop souvent oublié : la liberté d’expression n’est jamais une liberté sans cadre, et la parole publique implique une responsabilité.
Depuis plus d’un an et demi, les autorités gabonaises ont multiplié les avertissements et signalements. Elles ont alerté sur la prolifération de contenus inappropriés, sur la diffusion de fausses informations, sur les incitations à la haine ou à la division. Et pourtant, certains utilisateurs ont persisté à franchir les limites, exploitant la viralité des réseaux sociaux pour tenter de semer le trouble ou générer de la visibilité, voire un gain économique. La population ne devrait donc pas être surprise par cette décision, qui s’inscrit dans la continuité de mesures de régulation préventive.
Meta interpellé, l’État agit

La porte-parole adjointe de la Présidence, Jennyfer Mélodie Sambat, a rappelé sur les antennes de TV5 Monde que le groupe Meta avait été interpellé par les autorités pour réguler ses plateformes et encadrer les dérives de certains utilisateurs. Le ministre de la Communication, Germain Biahodjow, a quant à lui précisé que cette suspension est préventive et nécessaire, afin de protéger la cohésion nationale, maintenir l’ordre public et créer un cadre propice à des discussions structurées avec les plateformes concernées.
Ces mesures ne sont pas des coups de force. Elles sont la traduction concrète d’une logique de responsabilité collective : protéger les citoyens contre les abus, rappeler que la liberté d’expression n’est pas un droit absolu et restaurer un espace public apaisé où le débat peut exister sans que la société ne se fragilise.
Quand le numérique devient un champ de bataille

Nos réseaux sociaux sont devenus des arènes où la rapidité prime sur la véracité, où l’émotion supplante la réflexion et où le sensationnalisme dicte les débats. Jugements sans preuves, condamnations sans procès, rumeurs amplifiées… derrière l’écran, certains instrumentalisent le chaos pour gagner en visibilité ou en argent. Le scandale devient un produit, la polémique un modèle économique, et la société entière en paie le prix : confiance érodée, réputation brisée, cohésion fragilisée.
La régulation des plateformes n’est donc pas un caprice administratif. Elle est un rempart contre la manipulation, contre l’ignorance volontaire, contre l’instrumentalisation des émotions pour diviser ou affaiblir la collectivité. Elle est l’outil permettant de restaurer la véracité, la responsabilité et le sens commun dans l’espace numérique.
Les valeurs africaines comme boussole

Nos sociétés reposent sur des repères solides : respect d’autrui, dignité de la parole, considération des aînés, respect de l’autorité légitime et primauté de l’harmonie collective. La modernité numérique ne doit pas les effacer. Critiquer est un droit, humilier ne l’est pas. Contester est légitime, déshumaniser ne l’est jamais. Respecter l’autorité ne signifie pas se taire, mais parler avec mesure, responsabilité et conscience des conséquences.
Les utilisateurs doivent comprendre que derrière chaque action en ligne se cache un impact réel. La liberté sans maturité devient fragilité. Les institutions et les lois existent pour protéger l’ensemble des citoyens contre les abus de certains. Ce cadre n’est pas une limitation arbitraire, mais une garantie que chacun puisse exercer ses droits sans menacer ceux des autres.
La loi, protectrice et équilibranteUn État régi par des lois ne contraint pas pour contraindre : il protège. La loi encadre, prévient et sanctionne les excès. Sans cadre légal, la parole publique devient le règne du plus bruyant, du plus agressif, du plus manipulateur. Débattre des décisions est légitime. Refuser le principe même de la règle, c’est fragiliser la protection de tous et exposer la société à ses propres dérapages.
La suspension des réseaux sociaux s’inscrit donc dans une logique de régulation : créer un espace de dialogue, rétablir l’équilibre et rappeler que liberté et responsabilité sont indissociables.
La responsabilité individuelle comme garantie collective

Depuis Oyem, Germain Obame interpelle ses compatriotes : publier, commenter, relayer, c’est agir avec responsabilité. Être libre ne signifie pas tout dire, mais mesurer l’impact de ses paroles. Informer sans déformer. Critiquer sans diffamer. S’opposer sans humilier.
Si nous ne posons pas nous-mêmes des limites éthiques à nos usages numériques, d’autres le feront à notre place. La liberté sans maturité devient fragilité. La stabilité d’un pays ne repose pas uniquement sur ses institutions, mais sur la tenue et la sagesse de ses citoyens.
La suspension temporaire des réseaux sociaux au Gabon n’est pas un excès : elle est un signal, une chance de redéfinir nos comportements, de restaurer la confiance et de rappeler que liberté et responsabilité marchent de pair. La sagesse collective demeure la première garantie de nos libertés. https://gabonmediatime.com/gabon-la-hac-suspend-les-reseaux-sociaux-jusqua-nouvel-ordre/



