Le Cameroun en Coma : Analyse de Jean Pierre Bekolo

Une Élection comme Opération de Guerre
Dans une analyse percutante, Jean Pierre Bekolo décrit la situation post-électorale du Cameroun comme une véritable opération de guerre. Ce qui devrait être un moment de démocratie et de renouveau se transforme en champ de bataille. Corruption et achat des consciences y règnent en maîtres. Les processus électoraux, manipulés, laissent peu de place à la légitimité populaire.
Cette manipulation reflète une société profondément divisée, où les lignes ethniques et politiques sont exacerbées. Au lieu de se sentir représentés, les citoyens font face à un pouvoir déconnecté de leurs réalités quotidiennes. Une fracture sociale s’aggrave. Les espoirs de changement s’évanouissent, et le sentiment d’impuissance s’installe. Le pessimisme s’immisce dans les cœurs, marquant les esprits d’un désespoir profond.
Bekolo illustre cette situation avec une métaphore de guerre. Les élections, autrefois perçues comme un acte civique, deviennent une lutte pour le pouvoir à tout prix. Ici, les valeurs démocratiques sont sacrifiées pour satisfaire des ambitions personnelles. Une telle dynamique nourrit l’instabilité politique et creuse un fossé de méfiance envers les institutions.

Un État en Ruine et une Population Souffrante
Au-delà de la critique des élections, Bekolo dresse le portrait d’un Cameroun en délabrement avancé. Les infrastructures, jadis symboles de progrès, s’effondrent, reflet d’une gestion calamiteuse et d’un manque d’investissement au profit du bien-être des citoyens. Les routes, écoles et hôpitaux, que l’on devrait chérir comme des piliers du développement, sont négligés. Cette dégradation exacerbe la souffrance quotidienne des Camerounais.
Cette réalité traduit un État en roue libre. Bekolo dépeint un gouvernement qui semble vivre dans un monde en décalage avec les réalités. Des promesses de prospérité se heurtent souvent à des actions contraires, laissant les citoyens trahis et abandonnés. Le mécontentement s’intensifie, nourrissant un sentiment croissant de frustration.
Cette souffrance est palpable. Les inégalités se creusent, et les plus vulnérables payent le prix fort. Les jeunes, en particulier, se voient privés de perspectives. Pour beaucoup, l’exil devient une issue. Ce phénomène, qualifié de fuite des cerveaux, représente une perte inestimable pour le pays, éloignant ses talents et l’étouffant dans son propre potentiel.

Un État-Spectre et la Légitimité Évanouie
Dans son analyse, Bekolo qualifie le Cameroun d' »État-spectre ». Cette métaphore poignante souligne l’absence de substance et de légitimité du pouvoir. Les dirigeants gouvernent sans véritable autorité, leurs discours résonnant comme des échos vides, détachés des attentes des citoyens. Un décalage alarmant émerge entre les rituels du pouvoir et la détresse du peuple.
La légitimité, autrefois fondée sur le consentement populaire, s’est évaporée, laissant place à une tragédie du vide. Confrontés à un État sourd à leurs aspirations, les citoyens vivent dans une angoisse croissante. Cette crise de légitimité menace la stabilité du pays sur le long terme.
Les conséquences sont multiples. D’un côté, le cynisme s’installe, rendant toute mobilisation pour le changement difficile. De l’autre, le silence de l’État ouvre la voie à des mouvements extrêmes, prêts à profiter de ce vide. Alors, quel avenir pour le Cameroun ? Comment reconstruire un État légitime et efficace, capable de répondre aux besoins de sa population ?
La critique de Jean Pierre Bekolo soulève des questions essentielles sur la direction que prend le Cameroun. Le pays, plongé dans un coma politique, doit se poser une question cruciale : les citoyens doivent-ils se résigner à cette apathie ou envisager des voies de changement ? La réponse à cette interrogation pourrait bien façonner l’avenir de la nation et sa capacité à renaître.



