Yaoundé – C’est un séisme financier aux répliques incalculables. La récente décision de Donald Trump de suspendre les financements de l’USAID a plongé de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) et institutions publiques camerounaises dans l’incertitude. Dans un pays où ces fonds étrangers irriguent des secteurs aussi vitaux que la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose, l’annonce a eu l’effet d’un électrochoc.
Une dépendance mise à nu

Depuis des décennies, l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) joue un rôle déterminant dans le financement des programmes de santé publique au Cameroun. Selon des chiffres officiels, Washington injectait chaque année plusieurs dizaines de millions de dollars pour soutenir les campagnes de prévention, fournir des traitements et renforcer les infrastructures sanitaires locales.
« Sans ces fonds, c’est tout un pan de la riposte sanitaire qui vacille », confie, inquiet, un responsable d’ONG sous couvert d’anonymat. « Nous avons des stocks de médicaments, mais pour combien de temps ? Le personnel de terrain, les campagnes de sensibilisation, tout risque d’être remis en cause. »
Trump, l’onde de choc

L’arrêt des financements n’est pas une surprise totale. Dès son retour sur la scène politique, Donald Trump a martelé sa volonté de réduire l’aide internationale, arguant qu’elle profitait davantage aux gouvernements étrangers qu’au contribuable américain. Mais à Yaoundé, on espérait encore un sursis.
« Nous étions dans une phase de renégociation des conventions de financement. Cette annonce précipite tout », souffle un haut cadre du ministère de la Santé publique. « Nous devons rapidement repenser nos stratégies et explorer d’autres sources de financement, notamment auprès de l’Union européenne et de la Chine. »
Des vies en jeu

Sur le terrain, les acteurs de la santé redoutent une catastrophe humanitaire. « Nous soignons près de 100 000 patients séropositifs grâce aux antirétroviraux fournis par des programmes financés par les États-Unis », rappelle un médecin de l’hôpital central de Yaoundé. « Une rupture d’approvisionnement mettrait ces patients en danger immédiat. »
Même son de cloche du côté des campagnes contre le paludisme et la tuberculose, où l’USAID finançait l’achat de moustiquaires imprégnées et de traitements de première ligne. « C’est un coup dur pour nos populations les plus vulnérables », alerte un représentant de Médecins Sans Frontières.
Vers une riposte locale ?
Face à l’urgence, le gouvernement camerounais cherche des solutions. Dans les coulisses, des discussions s’intensifient avec d’autres partenaires financiers. « La Banque mondiale et le Fonds mondial restent des soutiens clés, mais nous devons également renforcer notre propre capacité de financement », plaide un économiste.
Certains experts suggèrent d’augmenter la part du budget national allouée à la santé publique. Mais dans un contexte économique tendu, où la dette publique limite les marges de manœuvre, la tâche s’annonce ardue.
En attendant, dans les centres de santé et les ONG, l’angoisse monte. « On nous demande de tenir, mais avec quoi ? », interroge, amer, un responsable de programme. À défaut de réponse rapide, c’est tout un écosystème humanitaire qui risque de s’effondrer – et avec lui, des milliers de vies.