Depuis ce 28 juillet 2026, à Addis-Abeba, en marge du Conseil exécutif de l’Union africaine, le Gabon et la Guinée équatoriale sont liés par un nouvel accord sur le contentieux de Mbanié. Sur les réseaux gabonais, la lecture est vite allée à l’essentiel, un peu trop vite pour conclure que le texte aurait acté la perte définitive de l’île. Décryptage.
En réalité, ce texte ne tranche aucune question de souveraineté. L’accord d’Addis-Abeba, signé ce 28 juillet, est un texte politique, non contraignant, qui ne confère strictement aucun droit nouveau à l’une ou l’autre partie engagée dans ce conflit. Alors à quoi bon signer, si rien n’est juridiquement acquis de nouveau ? C’est précisément là que se loge l’utilité du texte.
Un arrêt de la CIJ ne s’applique pas tout seul : il fixe des principes, pas un mode d’emploi. Entre le prononcé d’une décision de justice internationale et sa traduction concrète sur le terrain et en mer, il existe un espace où tout peut s’enliser, comme cela avait été le cas avec les rencontres bilatérales de Djobloho puis de Libreville, à l’automne 2025, qui avaient buté sur des lectures divergentes de l’arrêt prononcé par l’instance juridique.
L’accord du 28 juillet vient plutôt combler cet espace. Il installe un mécanisme conjoint de consultation, facilité par la Commission de l’Union africaine, chargé de traiter les aspects juridiques, techniques et pratiques de la mise en œuvre tout en fixant une échéance. Il prolonge aussi la médiation continentale acceptée par les deux chefs d’État le 14 février 2026, conduite depuis par l’Envoyé spécial Albert Shingiro, qui a multiplié les navettes entre Malabo et Libreville.
Vu d’Addis-Abeba, ce texte a une portée qui dépasse le seul dossier gabono-équatoguinéen. Deux États africains viennent de démontrer qu’un contentieux territorial hérité de la colonisation, et enlisé depuis un demi-siècle dans un face-à-face bilatéral sans arbitre, peut sortir de l’impasse par le droit et le dialogue, sous facilitation africaine, là où tant de différends similaires, ailleurs dans le monde, dégénèrent en épreuve de force. C’est cette bascule, plus que le contenu technique du mécanisme, que Malabo et Libreville ont voulu acter à Addis-Abeba.



