vendredi 16 janvier 2026

Top 5 de la semaine

Articles Similaires

Réformer la justice : le pari assumé du Garde des Sceaux

Le message est clair, la démarche assumée. En engageant, les 13 et 14 janvier derniers, de vastes concertations avec l’ensemble des acteurs du système judiciaire, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, chargé des Droits humains, Augustin Emane, a posé un acte politique fort. Plus qu’une prise de contact institutionnelle, ces rencontres ont ouvert une séquence décisive : celle d’un travail de fond visant à repenser la gouvernance de la justice gabonaise à partir d’un diagnostic collectif et sans complaisance.

Au cœur des échanges, la note de mission du ministre, présentée comme la colonne vertébrale de son action à la Chancellerie. Un document de cadrage, mais surtout un appel à la mobilisation et à la coresponsabilité.

Une justice rassemblée autour d’une même table

Rarement l’écosystème judiciaire gabonais aura été réuni dans une configuration aussi complète. Autour du ministre : secrétaire général, directeur de cabinet, directeurs généraux et conseillers techniques. Face à eux : magistrats du siège et du parquet, procureurs, présidents de juridictions, Barreau du Gabon, Ordre des huissiers, conseils juridiques, syndic judiciaire, Association des femmes greffières.

Ce rassemblement inédit traduit une rupture méthodologique : placer l’écoute au cœur de l’action publique. En convoquant toutes les voix de la chaîne judiciaire dans un même espace de dialogue, Augustin Emane a voulu poser les bases d’une gouvernance inclusive, loin des décisions solitaires et des réformes hors-sol.

Une parole libérée, un malaise exposé

Très vite, le ton est monté en vérité. Sans fard, les différents corps ont exposé les réalités d’une justice sous tension : pénurie de moyens matériels et humains, juridictions saturées, délais excessifs de traitement des dossiers, conditions de travail éprouvantes. À ces difficultés structurelles se sont ajoutées des interrogations plus profondes, touchant à l’indépendance, à la lisibilité et à la crédibilité de l’institution judiciaire.

Ce diagnostic collectif a mis des mots sur un malaise ancien, souvent tu, mais largement ressenti par les justiciables. Il éclaire aussi les racines de la défiance persistante entre la justice et les citoyens.

Réformer avec ceux qui rendent la justice

Loin de se limiter à la critique, les échanges ont débouché sur des propositions concrètes. Rationalisation des procédures, renforcement des moyens, meilleure coordination entre acteurs, valorisation des ressources humaines, clarification des rôles institutionnels : autant de pistes avancées pour redonner efficacité et cohérence au service public de la justice.

En ouvrant cet espace de co-construction, le Garde des Sceaux a entériné une réalité fondamentale : aucune réforme durable ne peut réussir sans l’adhésion de ceux qui rendent la justice au quotidien.

Un dialogue appelé à durer

Au terme des concertations, Augustin Emane a annoncé l’instauration de rencontres mensuelles, multilatérales et unilatérales, destinées à assurer le suivi des recommandations formulées. Une décision qui marque un tournant : inscrire le dialogue dans le temps long et en faire un véritable outil de pilotage et d’évaluation des politiques judiciaires.

L’heure de la vérité

Ces concertations constituent le premier acte d’un chantier plus vaste : refonder une justice plus performante, plus crédible et plus proche des citoyens. Le pari est audacieux. Il engage la responsabilité du ministre, mais aussi celle de l’ensemble des acteurs désormais associés au processus.

Dans un contexte où la justice gabonaise est observée, critiquée et parfois mal comprise, le choix du dialogue apparaît comme un passage obligé. Reste désormais l’épreuve décisive : celle de la mise en œuvre. Car c’est à l’aune des actes que se mesurera la sincérité de cette ouverture, et non à la seule élégance des intentions.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles populaires