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Sahel : les militaires au pouvoir fuient-ils les urnes ?

La question des élections reste entière

Ils ont pris le pouvoir les armes à la main, au nom du peuple et contre des régimes civils accusés de mauvaise gouvernance, de corruption et d’incapacité à assurer la sécurité des populations. Au Mali, au Niger et au Burkina Faso, les juntes militaires au pouvoir bénéficient encore, pour beaucoup, d’une réelle adhésion populaire. Pourtant, une question demeure suspendue aux lèvres de l’opinion nationale et internationale : à quand des élections libres et transparentes pour un retour à l’ordre constitutionnel ?

Des transitions sans horizon électoral clair

Depuis leurs prises de pouvoir respectives, les colonels Assimi Goïta au Mali, Abdourahamane Tiani au Niger et Ibrahim Traoré au Burkina Faso affichent une volonté affirmée de transformer en profondeur leurs pays. Des mesures concrètes ont été prises, des discours souverainistes assumés, des alliances diplomatiques réorientées. Sur le terrain, des actions sont engagées pour tenter de répondre aux crises sécuritaires et sociales qui ont, en grande partie, justifié ces coups de force.

Mais si la volonté de changement semble réelle, la question de la légitimité démocratique reste, elle, entière. Car gouverner par décrets et ordonnances, si louables soient les intentions, ne saurait se substituer indéfiniment au verdict des urnes.

Le Gabon et la Guinée, des exemples à méditer

À cet égard, deux expériences récentes sur le continent méritent d’être observées avec attention. Le Gabon, dont la transition militaire initiée en août 2023 Par le Président Brice Clotaire Oligui Nguema et le CTRI a été saluée pour le respect scrupuleux de son calendrier, offre un modèle de référence en matière de gestion ordonnée d’une période de rupture politique. Une transition encore citée en exemple aujourd’hui par de nombreux observateurs africains et internationaux.

Inspiré par le Gabon, plus récemment, c’est la Guinée Conakry qui a franchi le pas décisif. Le président de la transition, Mamadi Doumbouya, a choisi la voie des urnes et en est sorti largement victorieux, consolidant ainsi une légitimité que les armes seules ne pouvaient lui conférer durablement. Une élection qui a envoyé un signal fort à l’ensemble du continent : la transition peut réussir, à condition d’avoir un cap et de s’y tenir.

La légitimité des urnes, un impératif démocratique

Ces deux exemples posent implicitement la question à Bamako, Niamey et Ouagadougou. Car si la rupture avec des régimes civils défaillants était peut-être inévitable, elle ne peut constituer qu’une étape, et non une finalité. La légitimité populaire acquise dans la rue ou dans les casernes reste fragile, conjoncturelle, souvent liée à un contexte émotionnel. Seule la légitimité issue des urnes confère aux dirigeants une autorité durable, reconnue par leur peuple comme par la communauté internationale.

Les populations du Mali, du Niger et du Burkina Faso, qui ont massivement soutenu ces transitions, sont en droit d’attendre, à leur tour, d’être pleinement associées à la construction de l’avenir de leurs pays, non pas comme spectateurs, mais comme acteurs à part entière, par le biais du vote.

Un appel à la cohérence

La transformation positive d’un pays ne peut se faire durablement sans le socle de la démocratie. Les dirigeants de ces trois États le savent. Et l’Afrique les regarde. L’heure n’est plus aux seules promesses de changement, mais à la traduction concrète de ces promesses dans un calendrier électoral clair, crédible et respecté.

Car en définitive, la vraie force d’un dirigeant ne réside pas dans les armes qu’il porte, mais dans la confiance que lui accorde librement son peuple, les yeux grands ouverts, derrière l’isoloir. https://www.jeuneafrique.com/1752409/politique/aes-ce-quil-faut-retenir-du-sommet-entre-assimi-goita-ibrahim-traore-et-abdourahamane-tiani/

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