Réélection de Paul Biya : enjeux et perspectives

Un mandat contesté et ses conséquences
La réélection de Paul Biya pour un huitième mandat à la présidentielle du 12 octobre 2025 a provoqué des réactions contrastées, tant au sein de la classe politique que parmi la population camerounaise. Ce scrutin, entaché par des allégations de fraudes et de manipulations, a été qualifié par certains observateurs, comme Abdourama Hamadou Babba, de « victoire à la Pyrrhus ». Les conditions de cette élection, accompagnées d’un Code Électoral jugé trop favorable au président sortant et d’institutions contrôlées par le régime, soulèvent de sérieux doutes quant à la légitimité de ce nouveau mandat.
Les accusations de corruption, d’arrestations arbitraires et de violences politiques ont entaché le processus électoral. Ces éléments exacerbent le mécontentement populaire et alimentent la défiance envers les institutions. La réélection de Biya, loin d’assurer une stabilité politique, pourrait alimenter des tensions sociales et renforcer des mouvements d’opposition plus radicaux. Les prochaines élections législatives et municipales se dérouleront dans un climat de mécontentement croissant, offrant un terrain propice à l’opposition qui tentera de capter le désenchantement des électeurs.
En effet, cette réélection ne se limite pas à la continuité d’un régime : elle ouvre également la porte à des turbulences potentielles, où la contestation pourrait prendre de nouvelles formes. Les acteurs politiques et la société civile se doivent de se préparer à naviguer dans un paysage politique en mutation, où les revendications de transparence et de justice sociale domineront les débats.

Un nouveau gouvernement : promesses et attentes
Le 31 décembre 2025, Paul Biya a annoncé la formation d’un nouveau gouvernement, une décision largement attendue. Ce cabinet, intégrant à la fois des ministres reconduits et de nouveaux visages, est perçu comme une tentative de redynamiser l’action gouvernementale. Biya a souligné la nécessité de mettre en œuvre le Plan spécial de promotion de l’emploi des jeunes, une initiative cruciale face au chômage rampant chez les jeunes.
Avec 50 milliards de Francs CFA alloués dans le budget de l’État pour 2026 pour financer des projets destinés aux jeunes, cette mesure pourrait avoir un impact significatif sur l’économie locale. Cependant, sa mise en œuvre reste à prouver. Les gouvernements précédents ont été critiqués pour leur incapacité à transformer les promesses en actions concrètes. La crédibilité du nouveau gouvernement sera donc mise à l’épreuve dans sa capacité à répondre aux attentes des Camerounais, surtout en matière d’emploi et de développement économique.
De surcroît, Biya a insisté sur l’importance de la participation des femmes et des jeunes dans la gestion des affaires publiques. Cette déclaration, bien qu’encourageante, doit être suivie d’actions concrètes pour garantir une représentation équitable au sein du gouvernement. L’inclusion de ces groupes dans le processus décisionnel renforcera non seulement la légitimité du gouvernement, mais contribuera également à une gouvernance plus inclusive et efficace.

Perspectives d’avenir : entre espoir et scepticisme
Alors que le Cameroun entre dans une nouvelle année avec un gouvernement à l’horizon, les perspectives d’avenir mêlent espoir et scepticisme. Les promesses de Biya de revitaliser l’économie et d’améliorer les conditions de vie des Camerounais doivent être prises avec précaution. Des défis structurels, tels que la corruption endémique et la mauvaise gestion des ressources, demeurent des obstacles majeurs à la réalisation de ces objectifs.
Les acteurs de la société civile et les partis d’opposition ont un rôle crucial à jouer dans la surveillance des actions du nouveau gouvernement. Leur engagement en faveur de la transparence sera vital pour s’assurer que les promesses de Biya ne tombent pas dans l’oubli. En parallèle, la communauté internationale pourrait également influencer le paysage politique, en exerçant des pressions pour des réformes démocratiques.
En somme, la réélection de Paul Biya et la constitution d’un nouveau gouvernement ouvrent un chapitre complexe de l’histoire politique du Cameroun. Les enjeux sont nombreux et les attentes élevées, mais le chemin vers une gouvernance efficace et démocratique demeure semé d’embûches. La question cruciale reste : le nouveau gouvernement parviendra-t-il à répondre aux aspirations d’un peuple avide de changement, ou ne sera-t-il qu’un prolongement d’un système en déclin ?



