Violences et Sorcellerie au Burundi : Un Instrument Politique

Contexte des violences liées à la sorcellerie
Le Burundi, ce pays d’Afrique de l’Est, est le tĂ©moin d’une histoire chargĂ©e, entre conflits ethniques rĂ©currents et crises politiques. Dans ce contexte lourd de tension, les croyances traditionnelles, particulièrement celles liĂ©es Ă la sorcellerie, prennent une place significative dans les communautĂ©s. Le 30 juin 2025, un incident tragique a rĂ©vĂ©lĂ© cette rĂ©alitĂ© sombre : six personnes accusĂ©es de sorcellerie ont Ă©tĂ© lynchĂ©es Ă Gasarara, près de Bujumbura, par des jeunes armĂ©s, soupçonnĂ©s d’appartenir Ă la ligue des jeunes du parti au pouvoir, le CNDD-FDD.
Ce lynchage, qualifiĂ© de « justice populaire inadmissible » par les instances officielles, met en exergue non seulement la violence intrinsèque qui dĂ©coule de telles accusations, mais aussi la façon dont ces croyances sont instrumentalisĂ©es Ă des fins politiques. Les victimes, dont deux ont Ă©tĂ© immolĂ©es, incarnent la brutalitĂ© de ces actes. Quant aux agresseurs, souvent assimilĂ©s aux Imbonerakure, ils sont Ă©galement liĂ©s Ă d’autres formes d’intimidation et de violence politique.
Les violences liĂ©es Ă la sorcellerie ne se prĂ©sentent pas comme des Ă©vĂ©nements isolĂ©s. Elles s’inscrivent dans un panorama plus large de tensions politiques, oĂą de telles accusations deviennent un outil pour discrĂ©diter les opposants ou renforcer le contrĂ´le social. Ces croyances sont parfois utilisĂ©es pour justifier des actes de violence, engendrant ainsi un climat de peur et d’insĂ©curitĂ© au sein de la population.

Instrumentalisation politique des croyances traditionnelles
Les Ă©vĂ©nements tragiques comme ceux de Gasarara posent des questions cruciales sur la manipulation des croyances traditionnelles par les acteurs politiques. Les autoritĂ©s, y compris le ministre de l’IntĂ©rieur et le gouverneur de la province, ont rejetĂ© toute implication partisane dans ces Ă©vĂ©nements, faisant Ă©tat de l’arrestation de douze suspects. Cependant, cette dĂ©claration laisse place Ă des doutes quant Ă la vĂ©ritable nature des liens entre le pouvoir en place et les groupes impliquĂ©s dans ces agissements.
Les Imbonerakure, en tant que branche juvĂ©nile du CNDD-FDD, sont souvent perçus comme des instruments de rĂ©pression, exploitant la peur pour maintenir leur emprise sur la population. En s’appuyant sur des croyances en sorcellerie, ces groupes justifient des actes de violence, se prĂ©sentant comme des gardiens de la communautĂ© contre des sorciers prĂ©sumĂ©s. Ce phĂ©nomène crĂ©e un cercle vicieux oĂą la peur engendre la violence, laquelle devient un moyen pour renforcer le pouvoir.
Des experts en sociologie politique, tel le professeur Pierre Nkurunziza, affirment que cette manipulation des croyances traditionnelles s’avère ĂŞtre une stratĂ©gie efficace pour Ă©viter d’aborder les vĂ©ritables enjeux politiques et Ă©conomiques du pays. En dĂ©tournant l’attention vers des accusations de sorcellerie, le gouvernement Ă©lude les questions pressantes telles que la pauvretĂ©, le chĂ´mage et la corruption persistants.

Conséquences sur la société burundaise
Les répercussions des violences liées à la sorcellerie au Burundi sont non seulement multiples, mais également profondément enchevêtrées dans le tissu social. Premièrement, ces actes de violence alimentent les tensions communautaires, générant un climat de méfiance et de peur. Les accusations de sorcellerie peuvent vite mener à des lynchages, comme cela a été le cas à Gasarara, où des vies innocentes sont menacées par des rumeurs infondées.
Deuxièmement, ces violences impactent directement la cohĂ©sion sociale. Des communautĂ©es dĂ©jĂ fragilisĂ©es par des dĂ©cennies de conflits se retrouvent d’avantage divisĂ©es, des groupes s’opposant sur des bases de croyances et de superstitions. Cela complique la capacitĂ© des Burundais Ă s’unir face Ă des enjeux communs, qu’ils soient Ă©conomiques ou politiques.
Enfin, Ă l’Ă©chelle internationale, ces Ă©vĂ©nements nuisent Ă l’image du Burundi, dĂ©jĂ critiquĂ© pour ses violations des droits de l’homme. Les organisations internationales et les ONG surveillent attentivement la situation ; les violences liĂ©es Ă la sorcellerie pourraient entraĂ®ner des sanctions supplĂ©mentaires ou une pression accrue sur le gouvernement burundais afin qu’il respecte les droits fondamentaux de ses citoyens.
La situation au Burundi soulève des interrogations essentielles sur la manipulation des croyances traditionnelles Ă des fins politiques. Comment les sociĂ©tĂ©s peuvent-elles se prĂ©munir contre l’instrumentalisation de la peur et des superstitions ? Quelles initiatives pourraient ĂŞtre mises en place pour favoriser un dialogue constructif et rĂ©duire les tensions communautaires ? Ces questions mĂ©ritent d’ĂŞtre approfondies pour envisager un avenir pacifique et inclusif au Burundi.




