Violence verbale et enjeux électoraux au Cameroun

Un climat de tension croissante
À l’approche des élections présidentielles d’octobre 2025, le Cameroun s’enfonce dans une atmosphère de violence verbale de plus en plus palpable. Vincent-Sosthène Fouda, dans son analyse parue le 30 janvier 2025, observe que cette escalade des discours agressifs témoigne d’une dégradation des valeurs sociales fondamentales. Autrefois, le respect et la retenue étaient des piliers dans les 256 ethnies du pays. Aujourd’hui, ce climat de tension engloutit non seulement les échanges entre politiciens, mais s’étend également aux universitaires et militants, menaçant ainsi l’espace public.
Ces affrontements verbaux, loin d’évoluer vers des débats constructifs, se transforment en attaques personnelles, nourrissant un cycle de haine et de division. Les défis mondiaux, tels que la guerre en Ukraine et les crises environnementales, sont mis de côté, tandis que des problèmes locaux, comme l’abandon de nourrissons à Douala, restent sans écho. Ce décalage entre les préoccupations des citoyens et le discours des dirigeants aggravent un sentiment d’indifférence et de désespoir au sein de la population.
Dans ce contexte, la jeunesse camerounaise est appelée à jouer un rôle déterminant. Fouda invite les jeunes à rejeter la haine et à exiger un changement dans la ligne éditoriale des médias, pour promouvoir un discours politique plus respectueux et responsable. La question se pose : comment les jeunes peuvent-ils vraiment influencer le discours politique dans un environnement aussi hostile ?

Conséquences sur la paix et le développement
La violence verbale qui infuse le discours public ne constitue pas seulement un problème de communication. Elle a des répercussions potentielles sur la paix et le développement durable du Cameroun. Dans un pays déjà fragilisé par des défis tels que le terrorisme et la pauvreté, cette agressivité verbale est susceptible d’exacerber les tensions sociales, compromettant ainsi les efforts de réconciliation nationale. Fouda avertit des dangers d’un discours politique qui exacerbe la division, soulignant le risque de conflits ouverts.
Les discours démagogiques détournent également l’attention des véritables enjeux du pays, comme l’économie, l’éducation et la santé. André Luther Meka, sur les réseaux sociaux, fait état de la confusion des électeurs, découragés par des candidats qui ne présentent que des discours violents. Cette désillusion pourrait mener à un désengagement civique, où les citoyens, lassés par la rhétorique agressive, choisissent soit de ne pas voter, soit de se détourner de la politique.
Il est donc impératif que les acteurs politiques prennent pleinement conscience de l’impact de leurs discours. La nécessité d’un débat objectif et responsable se fait plus pressante que jamais. Il en va de l’objectif de garantir que les élections ne deviennent pas un terrain fertile pour la violence et la division. Comment les leaders politiques pourraient-ils être incités à transformer leur discours pour favoriser un climat de paix ?

Vers un discours politique respectueux
Pour sortir de cette spirale de violence verbale, promouvoir un discours politique respectueux et constructif est essentiel. Fouda cite aussi l’exemple du président Paul Biya, qui, malgré les défis, a toujours su faire preuve de retenue dans ses interventions. Ce modèle de communication pourrait servir de référence pour les autres acteurs politiques, les incitant à privilégier le dialogue et la collaboration plutôt que l’affrontement.
Les médias ont également un rôle capital à jouer dans cette dynamique. En choisissant de relayer des discours respectueux et de ne pas donner écho aux propos haineux, ils peuvent contribuer à désamorcer les tensions. Fouda appelle les citoyens à exiger des candidats qu’ils présentent des projets de société concrets, au lieu de se laisser distraire par des discours violents. Cette exigence pourrait transformer le paysage politique camerounais, stimulant des débats plus constructifs et encourageant les électeurs à s’engager activement dans le processus démocratique.
En somme, la violence verbale dans le discours public camerounais représente un défi majeur à l’approche des élections. Ses conséquences touchent à la paix, au développement et à l’engagement civique. La question demeure : le Cameroun saura-t-il relever ce défi et construire un avenir politique axé sur le respect et la responsabilité ?