Une trêve négociée dans l’ombre
Derrière les affrontements qui secouent aujourd’hui Goma, capitale du Nord-Kivu, se cache une histoire méconnue : celle d’un pacte secret conclu en 2012 entre l’ex-président congolais Joseph Kabila et le groupe rebelle du M23. Un accord censé ramener la paix, mais dont les effets pervers resurgissent, plus d’une décennie plus tard, sous la forme d’un chantage militaire et diplomatique exercé par les rebelles sur Kinshasa.
2012 : un marché avec l’ennemi

En novembre 2012, alors que le M23 — soutenu par le Rwanda, selon de multiples rapports de l’ONU — prend Goma sans grande résistance de l’armée congolaise, Kinshasa se retrouve acculé. Joseph Kabila, affaibli sur le plan militaire et diplomatique, engage des discussions en coulisses avec les chefs du M23.
Selon des sources sécuritaires congolaises et des documents confidentiels que nous avons pu consulter, un accord tacite aurait été conclu : en échange d’un retrait des rebelles de Goma, le pouvoir de Kinshasa aurait consenti à leur accorder une intégration progressive dans l’armée (FARDC), des amnisties ciblées et des garanties de non-poursuite pour les cadres du mouvement.
Mais cet accord comportait une autre clause, plus troublante : un « gentlemen’s agreement » qui aurait permis aux leaders du M23 de conserver une certaine influence politique et sécuritaire dans l’est du pays, notamment par le biais de réseaux d’informateurs et de cadres infiltrés dans l’appareil d’État.
Des concessions qui se retournent contre Kinshasa

Aujourd’hui, alors que le M23 a repris les armes et menace de s’emparer une nouvelle fois de Goma, l’héritage de ces arrangements non officiels paralyse la réponse militaire congolaise. Plusieurs officiers FARDC ayant un passé de collaboration avec le M23 hésitent à engager des opérations d’envergure, de peur de briser des liens tissés il y a plus de dix ans.
Un ancien haut gradé congolais, sous couvert d’anonymat, témoigne :> « Nous avons intégré certains d’entre eux dans l’armée en 2013, mais ils n’ont jamais cessé de travailler pour le Rwanda. Aujourd’hui, ils sabotent nos opérations et transmettent des informations stratégiques à l’ennemi. »
D’autres sources affirment que certaines figures du régime Kabila, toujours influentes, freinent l’engagement de l’armée contre le M23 pour éviter que ne soient révélées des complicités passées.
Goma, otage d’un jeu diplomatique trouble

La situation est d’autant plus explosive que le Rwanda, accusé par Kinshasa d’être le véritable maître du M23, joue une carte habile en se posant comme médiateur dans la crise. Le président Félix Tshisekedi, tout en adoptant un discours ferme, se heurte aux limites d’un État profondément infiltré par les réseaux mis en place sous Kabila.
Dans les rues de Goma, la colère gronde. Les populations, prises en étau entre les violences rebelles et une armée hésitante, dénoncent un nouveau sacrifice de l’est du pays sur l’autel des intérêts politiques.« Nous avons été trahis une fois, nous ne voulons plus l’être », martèle un activiste local.
Les révélations sur ces accords de 2012 posent une question brûlante : Kinshasa pourra-t-il vraiment écraser le M23 sans devoir affronter ses propres fantômes ?



