Chaque année, le mois de septembre se pare de jaune. Derrière cette couleur choisie pour symboliser l’espoir se cache une réalité que beaucoup de familles gabonaises découvrent trop tard : le cancer pédiatrique. Longtemps tabou, souvent confondu avec la sorcellerie ou un mauvais sort, il continue de faucher des enfances entières dans l’indifférence quasi générale.
Un combat désormais porté au sommet de l’État
C’est pour briser ce silence que la Fondation Dorcas, présidée par la Première dame Anouchka Oligui Nguema, a officiellement lancé la campagne internationale « Septembre en Or » à Libreville. L’objectif affiché : sensibiliser, dépister et accompagner les familles confrontées à cette maladie encore trop méconnue dans le pays.
Des diagnostics posés trop tard
Derrière les discours, les chiffres cliniques racontent une réalité plus dure encore. Une étude menée au sein du service d’oncologie pédiatrique de l’Institut de cancérologie d’Akanda, à Libreville, sur la période 2018-2021, montre que les enfants arrivent en consultation avec des signes déjà très avancés : une pâleur cutanéo-muqueuse marquée chez près de trois enfants sur quatre, une masse palpable chez plus de six enfants sur dix, et des douleurs chez près d’un enfant sur deux. Autant de symptômes qui, pris isolément, sont souvent mis sur le compte du paludisme, de la fatigue ou d’une carence alimentaire, retardant d’autant la prise en charge réelle.
Cette situation n’est pas propre au Gabon. À l’échelle de l’Afrique francophone, le registre hospitalier mis en place par le Groupe franco-Africain d’Oncologie Pédiatrique (GFAOP) confirme que malgré l’amélioration des outils de stadification, les diagnostics tardifs persistent et l’abandon des soins en cours de traitement reste un problème majeur, souvent lié à l’éloignement des centres de soins, au coût des traitements ou à la méconnaissance des signes d’alerte.
L’Institut de cancérologie de Libreville participe d’ailleurs activement à ce registre régional, aux côtés d’établissements du Cameroun, du Mali, du Burkina Faso, de Côte d’Ivoire ou encore de la République démocratique du Congo, preuve qu’une réponse à l’échelle du continent se construit peu à peu autour de ces enfants trop souvent oubliés des politiques de santé publique.
Pourquoi le dépistage précoce change tout
Contrairement aux cancers de l’adulte, il n’existe pas de dépistage systématique pour les cancers pédiatriques dans le monde. Le seul rempart reste donc la vigilance des parents et des soignants de première ligne : une pâleur inhabituelle, une masse qui ne disparaît pas, une fièvre persistante ou une perte de poids inexpliquée doivent alerter. Plus le diagnostic est posé tôt, plus les chances de guérison augmentent , un principe simple, mais qui suppose un accès rapide à des structures équipées et à du personnel formé, ce qui reste un défi majeur dans plusieurs régions du Gabon.
Derrière chaque ruban jaune se cache un enfant, une famille, un combat. Au Gabon, Septembre en Or n’est pas qu’un symbole : c’est un appel à ne plus détourner le regard.


