Eddy Minang, l’homme qui dérange : portrait d’un Procureur au cœur de la justice gabonaise

Docteur en droit de Paris-Panthéon-Assas, procureur général de Libreville, figure centrale des poursuites contre la famille Bongo, Eddy Minang est devenu la cible d’une contre-offensive judiciaire inédite menée depuis Paris. Portrait d’un magistrat au centre de l’échiquier.

En juillet 2023, Eddy Narcisse Minang soutient avec les félicitations du jury, à l’Université Panthéon-Assas, une thèse de doctorat intitulée « Le crime rituel en droit pénal gabonais ». Moins de deux ans plus tard, cette thèse est au cœur d’une procédure internationale sans précédent : quatre avocats parisiens réclament à Paris qu’on le lui retire. Entre ces deux dates, le magistrat est devenu, dans l’affaire Bongo, le visage de la justice gabonaise post-coup d’État. Une position qui lui vaut autant d’éloges que d’attaques.

L’offensive venue de Paris

Le 23 février 2026, un courrier au ton incendiaire quitte Paris à destination du ministre français de l’Enseignement supérieur, de l’Office français de l’intégrité scientifique et de l’Association française des docteurs en droit. Ses signataires : le bâtonnier Pierre-Olivier Sur, François Zimeray, Clara Gérard-Rodriguez et Catalina de la Sota, avocats d’Ali Bongo et de sa famille, accusent Eddy Minang d’avoir déshonoré son titre universitaire.

Le désignant comme « l’ordonnateur d’une parodie de justice » et lui reprochent d’avoir « utilisé son diplôme français au service de la violation du droit », la lettre invoque le serment imposé depuis 2022 aux titulaires d’un doctorat : maintenir une « conduite intègre » dans leurs rapports au savoir et à la société. Pour la défense des Bongo, menée par François Zimeray, ancien ambassadeur français pour les droits de l’homme, le procès de novembre 2025, diffusé à la télévision gabonaise, a été « digne des pires caricatures », les peines de vingt ans ayant été prononcées « en quelques heures d’audience et en l’absence de toute défense ».

Minang, un magistrat « debout »

Face à ces attaques, Eddy Minang ne s’est pas laissé faire. Dès juillet 2025, lors d’une conférence de presse tenue à Libreville, il avait publiquement répondu aux accusations de l’un des avocats de la famille, le qualifiant d’« inepties juridiques » et renvoyant son contradicteur à « ses chères études ». Le magistrat avait également rappelé, documentation à l’appui, que les détentions de Sylvia et Noureddin Bongo avaient été déclarées légales par la Cour de cassation gabonaise elle-même, en vertu d’un arrêt du 25 février 2025.

En janvier 2026, le procureur général présidait encore une réunion de cadrage avec les officiers de police judiciaire, dénonçant publiquement les « dérives procédurales, extorsions

financières et violations des droits humains » au sein de la police, un positionnement qui contraste avec l’image d’un magistrat aux ordres que lui prête la défense des Bongo.

Une légitimité universitaire inattaquable, selon ses soutiens

Des analystes gabonais proches du dossier ont souligné les failles de l’offensive académique. En l’absence de toute fraude scientifique démontrée ou d’irrégularité de soutenance établie, la demande de retrait du doctorat apparaît juridiquement fragile : les règles universitaires françaises ne permettent pas de retirer un titre en raison du comportement professionnel ultérieur de son titulaire. La démarche serait, selon ces observateurs, davantage symbolique que juridiquement opérante, une tentative de « fragiliser l’image du magistrat pour affaiblir indirectement la procédure ».

Ce que l’affaire Minang révèle en creux, c’est moins la question de la culpabilité des Bongo que celle, plus fondamentale, de la capacité d’un État sorti d’un coup de Libération à produire une justice perçue comme légitime.

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