Dans une sortie récente, l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze fustige la décision de la Haute Autorité de la Communication de suspendre les réseaux sociaux, dénonçant un « abus de pouvoir ». Sur le principe, le débat est légitime. Réguler plutôt que couper, oui. Mais derrière le verbe haut, la cohérence interroge.
Difficile d’ignorer l’histoire. En août 2023, sous sa responsabilité, le Gabon connaissait un black-out numérique total au soir du scrutin présidentiel. En 2016, il défendait déjà les restrictions d’accès à Internet au nom de la « sécurité de l’État ». Celui qui aujourd’hui crie à la « dictature technologique » a été, hier, l’artisan du silence imposé.
Entre rhétorique et réalité

Bilie-By-Nze invoque la Constitution et la loi sur l’informatique et les TIC pour justifier sa critique. Juste. Mais la loi prévoit des marges d’action pour l’État. La sécurité et l’ordre public sont légitimes. La critique du blackout de la HAC perd alors de sa force quand elle ignore que, dans son passé, l’ancien Premier ministre a utilisé les mêmes leviers.
La crédibilité au miroir de l’histoire

Appeler à « mobiliser les citoyens » est spectaculaire. Mais l’argumentation doit résister à la mémoire collective. On ne peut pas être l’architecte du silence hier et se poser en porte-voix de la connectivité aujourd’hui. La posture politique masque le manque de propositions concrètes et de solutions juridiques tangibles.
Numérique et responsabilité

La suspension des réseaux sociaux rappelle l’importance du cadre légal sur l’informatique et les TIC. Protéger la vie privée, garantir le droit à l’information, équilibrer sécurité et libertés : c’est là que le débat doit se tenir. Pas dans la rhétorique, pas dans le spectacle.
Bilie-By-Nze s’expose. Son passé le rattrape. La critique doit être crédible, cohérente et constructive. Faute de quoi, elle n’est qu’un écho de ce qu’elle prétend dénoncer. Et le public, lui, observe et juge.



