Conséquences politiques du boycott du FSNC

Un contexte électoral tendu
Le 15 janvier 2026, le Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) a révélé son intention de boycotter les élections législatives et municipales. Cette décision, annoncée par Issa Tchiroma Bakary, suscite des inquiétudes tant au sein de l’opposition que parmi les électeurs. Le climat politique camerounais est en effet très tendu, notamment à la suite des accusations de fraude lors de l’élection présidentielle d’octobre 2025, que Tchiroma revendique avoir remportée.
Bien que le boycott puisse apparaître comme une forme légitime de résistance face à un régime contesté, il risque d’avoir des conséquences désastreuses pour le FSNC et, plus largement, pour l’opposition. Sans participation électorale, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) pourrait consolider sa position prédominante sur la scène politique.
Les exemples passés, tels que les boycotts par le Social Democratic Front (SDF) en 1992 et le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) en 2020, illustrent comment ces stratégies peuvent aboutir à une perte de crédibilité et d’influence pour les partis d’opposition. La décision du FSNC pourrait dès lors être perçue comme une abdication de ses responsabilités politiques.

Risques de fragmentation de l’opposition
Le boycott du FSNC risque également d’aggraver la fragmentation de l’opposition camerounaise. Chris Manengs, ancien directeur de campagne de Tchiroma, avertit que les jeunes militants du FSNC, à la recherche d’un nouveau cadre politique, pourraient être séduits par d’autres partis. Cela compromettrait d’autant plus l’unité de l’opposition, déjà fragilisée par des divergences internes.
Ousmanou Magadji, observateur politique, redoute que le boycott marque la fin du FSNC en tant que force politique crédible. Il appelle Tchiroma à rentrer au pays et à s’engager dans le processus électoral pour préserver la légitimité de son parti. L’absence de représentation pourrait inciter les électeurs à se détourner du FSNC au profit de partis perçus comme plus actifs et engagés.
Par ailleurs, le MRC, qui a choisi de participer aux élections, pourrait tirer profit de cette situation. La stratégie de boycott du FSNC pourrait permettre au MRC de se positionner comme le principal acteur de l’opposition, avec des implications significatives pour la dynamique politique du pays.

Implications pour la démocratie camerounaise
Le boycott du FSNC soulève des questions essentielles sur l’avenir de la démocratie au Cameroun. Edmond Kamguia, éditorialiste à Equinoxe TV, exprime des préoccupations quant à la légitimité de ce choix, le considérant comme une trahison envers les électeurs ayant soutenu Tchiroma lors de l’élection présidentielle. Ne pas prendre part aux élections pourrait être perçu comme un abandon des aspirations démocratiques du peuple camerounais.
Abdouraman Hamadou, acteur de la société civile, souligne que les élections jouent un rôle crucial pour contester le régime en place. Il craint que le boycott ne renforce le pouvoir du RDPC, en lui permettant de justifier sa majorité à l’Assemblée nationale. Ainsi, la décision du FSNC pourrait avoir des effets à long terme sur la capacité des partis d’opposition à provoquer un changement politique.
En somme, le boycott du FSNC pourrait à la fois affaiblir le parti et compromettre les efforts de l’opposition pour établir une démocratie authentique au Cameroun. Les acteurs politiques doivent sérieusement envisager les conséquences de leurs choix tactiques, car chaque décision peut influencer profondément l’avenir politique du pays.
Réflexions finales
Le choix du FSNC de boycotter les élections législatives et municipales de 2026 pose des questions importantes sur la stratégie à adopter face à un régime jugé illégitime. Alors que certains acteurs de l’opposition défendent une participation active comme moyen de contester le pouvoir en place, d’autres considèrent le boycott comme une résistance nécessaire.
Les conséquences de ce boycott risquent d’être multiples : fragmentation de l’opposition, désaffection des électeurs et renforcement du régime en place. Dans cette perspective, il est primordial que les partis d’opposition élaborent des stratégies favorisant l’engagement citoyen et la mobilisation autour des valeurs démocratiques.
Alors que le Cameroun se dirige vers une nouvelle échéance électorale, une question demeure : comment les partis d’opposition peuvent-ils naviguer dans ce paysage politique complexe et garantir un avenir démocratique ? Les choix stratégiques des mois à venir seront déterminants pour l’avenir du pays.




