Chronique judiciaire d’un dérapage très contrôlé
C’est donc ce lundi après-midi que la République découvre l’un de ses tours de passe-passe les plus audacieux, non pas sur une scène de cabaret, mais devant le tribunal correctionnel de Paris. Deux anciens policiers chevronnés de la brigade des stupéfiants y comparaissent pour avoir transformé des kilos de cocaïne saisis en une banale poudre de bricolage. À défaut d’éradiquer la drogue, ils auraient au moins contribué à l’essor du plâtre.
Des stups au BTP, il n’y avait qu’un pas

Le procédé, lui, force presque l’admiration tant il est simple : remplacer la cocaïne par du plâtre ou du bicarbonate de soude, histoire de conserver l’illusion du sac bien rempli et du scellé intact. Une fraude à l’ancienne, sans algorithme ni logiciel, mais avec une foi inébranlable dans le fait que personne n’ira jamais vérifier. Jusqu’au jour où une juge, manifestement peu sensible à la décoration intérieure, ordonne une nouvelle analyse. Verdict du laboratoire : zéro gramme de cocaïne, 100 % matériaux de rénovation.
Le hasard, cet indic insoupçonnableL’IGPN entre alors en scène et, sans grande surprise, ses soupçons s’arrêtent sur deux figures expérimentées des stups. Des policiers de nuit, discrets, autonomes, gérant eux-mêmes les scellés. Autrement dit, les seuls à pouvoir faire disparaître la poudre sans que personne ne s’en rende compte. Le crime presque parfait, sauf quand le plâtre parle.
Face à l’évidence, les intéressés finissent par reconnaître le détournement. La cocaïne, expliquent-ils, était soigneusement cachée dans un faux plafond du service, comme un trésor honteux attendant des jours meilleurs. L’un d’eux, proche de la retraite, aurait envisagé une reconversion express dans le commerce parallèle.
Le repentir par la chasse d’eau

Mais l’histoire ne serait pas complète sans son épilogue moral. Pris de remords, soudains, tardifs et surtout invérifiables, les deux hommes assurent s’être débarrassés de la drogue dans les toilettes. Rideau. La cocaïne n’a jamais été retrouvée, dissoute dans les canalisations de la République, emportant avec elle toute possibilité de preuve matérielle.
Une farce judiciaire au goût amer

Reste aujourd’hui un procès, et une institution contrainte de regarder ses failles en face. Comment des kilos de drogue ont-ils pu être remplacés par du plâtre sans que personne ne s’en aperçoive ? Comment ceux chargés de traquer les trafiquants ont-ils pu, eux-mêmes, jouer aux apprentis dealers ?
À l’audience, il sera question de responsabilité pénale, de confiance trahie et de crédibilité institutionnelle. Car si la cocaïne s’est volatilisée, le malaise, lui, est bien réel et nettement plus difficile à évacuer qu’un simple sac de poudre blanche.




