Ce qui s’est joué au Venezuela dépasse de loin le sort d’un homme ou d’un régime. C’est un affrontement monétaire mondial, brutal et assumé, dont Nicolas Maduro n’a été que l’épicentre.
Un 3 janvier qui entre dans l’histoire

Ce 3 janvier 2026, Nicolas Maduro, président du Venezuela, est capturé à la suite d’une opération militaire étrangère. Washington invoque le narcotrafic, la lutte contre le terrorisme et la défense de la démocratie. Les mots sont connus, presque mécaniques. Mais pour de nombreux observateurs, ces justifications officielles sonnent creux.
Car cette intervention n’est ni improvisée ni isolée. Elle s’inscrit dans une logique historique précise, répétée à chaque fois qu’un État ose toucher à un pilier fondamental de la puissance américaine : le pétrodollar.
Le Venezuela, un géant énergétique devenu menace systémique

Avec 303 milliards de barils de réserves de pétrole prouvées, le Venezuela détient les plus importantes réserves au monde, devant l’Arabie saoudite. À lui seul, le pays concentre près de 20 % des réserves mondiales de pétrole. Une richesse colossale, capable de financer un État pendant des décennies.
Mais le véritable basculement survient lorsque Caracas décide de sortir du circuit du dollar.
Dès 2018, le Venezuela annonce sa volonté de se « libérer du dollar ».
Il commence à vendre son pétrole en yuans chinois, en euros, en roubles.
Il met en place des systèmes de paiement directs avec la Chine, contournant SWIFT.
Il dépose officiellement sa demande d’adhésion aux BRICS.
Autrement dit, le Venezuela ne remet pas seulement en cause une domination politique. Il s’attaque au socle monétaire de l’ordre mondial américain.
Le pétrodollar : la vraie clé du pouvoir

Depuis 1974, un accord stratégique lie les États-Unis à l’Arabie saoudite :
tout le pétrole vendu sur les marchés internationaux est libellé en dollars américains ;
en échange, Washington garantit la protection militaire du royaume.
Ce mécanisme crée une demande mondiale permanente de dollars. Tous les pays doivent détenir des réserves en billets verts pour acheter de l’énergie. Résultat :
les États-Unis peuvent émettre de la monnaie sans contrainte réelle, financer leurs déficits chroniques, maintenir une armée mondiale, et exporter l’inflation vers le reste du monde.
Le pétrodollar est ainsi devenu plus stratégique que les bases militaires.
Un scénario déjà écrit

L’histoire récente montre un schéma troublant :
2000 : Saddam Hussein annonce que l’Irak vendra son pétrole en euros.
2003 : invasion américaine, changement de régime, retour immédiat au dollar.
Les fameuses « armes de destruction massive » ne seront jamais trouvées.
2009 : Mouammar Kadhafi propose un dinar africain adossé à l’or pour le commerce du pétrole.
2011 : bombardement de la Libye par l’OTAN, assassinat de Kadhafi, effondrement de l’État libyen.
Le projet monétaire disparaît avec lui.
À chaque fois, la même constante : contester le pétrodollar, c’est signer son arrêt de mort politique.
Maduro, le défi de trop
Nicolas Maduro allait plus loin encore.
Avec cinq fois plus de pétrole que l’Irak et la Libye réunis,avec des ventes actives en yuans, avec un rapprochement stratégique avec la Chine, la Russie et l’Iran,il devenait un facteur d’accélération de la dédollarisation mondiale.
La déclaration récente de Stephen Miller, conseiller américain à la sécurité intérieure, révèle la logique profonde de Washington :
Des prétextes qui ne tiennent pas

« L’industrie pétrolière vénézuélienne a été créée grâce à la sueur et à l’ingéniosité des Américains. Son expropriation constitue le plus grand vol de richesses américaines jamais enregistré. »
Le message est limpide : le pétrole vénézuélien est perçu comme un bien américain confisqué, indépendamment de la souveraineté du pays.
Narcotrafic ?
Le Venezuela représente moins de 1 % de la cocaïne consommée aux États-Unis.
Terrorisme ?
Aucune preuve sérieuse ne démontre l’existence d’une organisation terroriste dirigée par Maduro.
Démocratie ?
Les États-Unis soutiennent sans réserve l’Arabie saoudite, régime sans élections nationales.
La réalité est ailleurs : il s’agit de préserver un système monétaire vieux de 50 ans.
Un monde déjà en mutation

Le problème pour Washington est que le pétrodollar est déjà fragilisé :
la Russie vend son pétrole en roubles et en yuans, l’Iran commerce hors dollar depuis des années, l’Arabie saoudite évoque désormais des règlements en yuans, la Chine a mis en place CIPS, alternative à SWIFT,les BRICS développent mBridge, système de paiements directs en monnaies locales.
L’adhésion du Venezuela aux BRICS, avec ses 303 milliards de barils, aurait constitué un séisme monétaire mondial.
Un avertissement… ou un aveu

L’intervention contre le Venezuela envoie un message brutal au reste du monde :
« Défiez le dollar, et vous serez frappés. »
Mais ce message pourrait produire l’effet inverse.
Car pour de nombreux pays du Sud, la leçon est claire : la seule protection consiste à accélérer la sortie du dollar, pas à la retarder.
Le parallèle historique est saisissant :
3 janvier 1990 : invasion du Panama, capture de Noriega.
3 janvier 2026 : intervention au Venezuela, capture de Maduro.
Même calendrier. Même accusation de trafic de drogue. Même logique de contrôle stratégique.
Quand la force remplace la confiance

Une monnaie dominante par sa force économique inspire la confiance.
Une monnaie maintenue par les bombes inspire la peur.
Et lorsqu’un empire doit bombarder des pays pour que le monde continue d’utiliser sa monnaie, c’est que cette monnaie ne tient plus par ses propres mérites.
Le Venezuela n’est peut-être pas le début de cette bascule.
Mais il pourrait bien en être le révélateur brutal.
Analyse inspirée des travaux et réflexions d’Étienne Chouard.



