Dissolution de la Commission Électorale : Conséquences au Burkina Faso

Un contrôle accru des militaires sur le processus électoral
La dissolution de la Commission électorale nationale du Burkina Faso, annoncée le 18 juillet 2025, constitue un tournant significatif dans le paysage politique du pays. En transférant la responsabilité électorale au ministère de l’Intérieur, les militaires, dirigés par le capitaine Ibrahim Traoré, solidifient leur emprise sur la démocratie. Cette décision suscite de vives inquiétudes quant à l’intégrité et à la transparence des élections à venir.
Historiquement, une gestion indépendante des élections est perçue comme un pilier de la démocratie. En confiant cette responsabilité à un ministère, souvent considéré comme l’instrument de l’État, les militaires menacent la crédibilité de ces élections. Des experts en gouvernance, comme le politologue burkinabé Dr. Moussa Ouédraogo, mettent en garde : cette centralisation du pouvoir pourrait ouvrir la porte à des fraudes électorales, altérant ainsi la confiance du public envers le système.
Par ailleurs, cette situation s’inscrit dans un contexte de tensions politiques croissantes et d’un mécontentement populaire. Les critiques sur la gestion de la sécurité et les graves violations des droits de l’homme par l’armée intensifient les craintes d’une dérive autoritaire. La prolongation de la transition jusqu’en juillet 2029, qui permet au capitaine Traoré de se porter candidat à l’élection présidentielle, renforce cette image d’un contrôle militaire grandissant sur la démocratie burkinabé.

La justification de la dissolution : souveraineté ou prétexte ?
Emile Zerbo, ministre de l’Administration territoriale, a présenté la dissolution de la Commission électorale comme un moyen de renforcer la souveraineté du Burkina Faso en matière électorale, limitant ainsi les influences extérieures. Cette affirmation soulève des doutes quant aux véritables motivations de cette décision. La notion de souveraineté est souvent utilisée par des gouvernements pour justifier des actions controversées.
Les critiques avancent que cette justification n’est peut-être qu’un masque pour un contrôle accru sur le processus électoral et l’élimination d’oppositions potentielles. Des observateurs internationaux, notamment ceux de l’Union africaine, s’inquiètent de la transparence et de l’équité des futures élections dans un tel climat. Des exemples historiques montrent que, sous le prétexte de souveraineté, des gouvernements ont souvent restreint les libertés civiles et politiques, nuisant par conséquent aux droits humains.
De surcroît, la dissolution de la Commission électorale risque d’affecter les relations internationales du Burkina Faso. Les partenaires étrangers, traditionnellement favorables à la promotion des processus démocratiques, pourraient revoir leur stratégie d’aide et de coopération, aggravant ainsi la situation économique et sécuritaire d’un pays déjà fragile.

Implications pour la sécurité et les droits de l’homme
La situation sécuritaire au Burkina Faso est alarmante, marquée par une recrudescence des attaques djihadistes et une dégradation des conditions de vie des citoyens. Dans ce contexte, une militarisation croissante du processus électoral pourrait envenimer les tensions et accroître la répression des voix dissidentes. Les organisations de défense des droits de l’homme, tel qu’Amnesty International, rapportent déjà des violations des droits fondamentaux, notamment des arrestations arbitraires et des limitations de la liberté d’expression.
Les conséquences de cette dissolution ne se limitent pas à la sphère politique ; elles infusent également dans la vie quotidienne des Burkinabés. La crainte d’une répression accrue pourrait dissuader la population de participer au processus électoral, entraînant une baisse de l’engagement démocratique. Les jeunes, qui constituent une portion importante de la population, risquent de sombrer dans le désenchantement, facilitant un cycle de violence et d’instabilité.
Dans ce cadre, la communauté internationale se trouve face à un défi crucial. Des pressions diplomatiques et des sanctions ciblées peuvent s’avérer indispensables pour promouvoir le respect des droits humains et rétablir un processus électoral transparent. Cependant, la question subsiste : jusqu’où les acteurs internationaux seront-ils prêts à s’engager pour défendre la démocratie au Burkina Faso ?
La dissolution de la Commission électorale nationale du Burkina Faso pose des questions fondamentales sur l’avenir démocratique du pays. Alors que l’étau militaire se resserre sur le processus électoral, les Burkinabés se retrouvent à jongler avec un paysage politique de plus en plus complexe et incertain. Quelles seront les retombées à long terme de cette décision sur la stabilité politique et la sécurité ? La réponse de la communauté internationale sera-t-elle à la hauteur pour soutenir le peuple burkinabé dans sa quête pour la démocratie et le respect des droits humains ?




