L’interview qui pose plus de questions qu’elle n’en résout
Depuis plusieurs heures, dans un interview accordé à France 24, Sylvia Bongo Ondimba raconte les souffrances qu’elle affirme avoir subies après la chute du régime d’Ali Bongo Ondimba. Le tableau est sombre, la douleur omniprésente, le ton soigneusement calculé pour susciter l’empathie. Mais soyons curieux.
Des visiteurs de rang mondial… qui n’ont rien vu

Durant toute cette période, plusieurs personnalités internationales ont pu lui rendre visite librement. Parmi elles, l’ancienne Secrétaire générale du Commonwealth of Nations, Patricia Scotland, ainsi que des dirigeants africains de premier rang comme Umaru Sissoco Embaló. Des personnalités qui disposent de tribunes mondiales, d’un accès direct aux médias internationaux et d’une capacité réelle à alerter l’opinion publique. Si les tortures qu’elle décrit à France 24 étaient réelles, ces visiteurs auraient crié au scandale devant le monde entier. Curieusement, ils sont restés silencieux. Ce silence mérite réflexion.
Un récit centré sur elle, muet sur l’essentiel

Pendant ce temps, Sylvia Bongo semble oublier les questions qui fâchent : la gestion du pouvoir, les accusations de détournement de fonds, et l’argent des Gabonais. Son récit, tel qu’il est livré sur le plateau de France 24, se concentre uniquement sur elle-même, sur sa souffrance, son exil doré à Londres et sa liberté retrouvée. Or la réalité est tout autre : son départ du Gabon n’est pas un acte de bravoure personnelle. C’est le résultat d’une décision responsable du président de la transition, qui a choisi de respecter la dignité humaine et les conventions internationales, malgré la colère d’une partie du peuple gabonais. Ce geste, au lieu d’être reconnu, est aujourd’hui retourné contre ses auteurs et transformé en récit de persécution.
Quand l’épouse sans fonction dirigeait en coulisses

Beaucoup de Gabonais, eux, ont la mémoire longue. Ils se rappellent encore de cette image troublante : après l’AVC d’Ali Bongo Ondimba, au moment du premier conseil des ministres qui suivit, c’est Sylvia Bongo en personne qui recevait les membres du gouvernement au perron du palais Rénovation. Elle, simple épouse du chef de l’État, sans fonction officielle, sans mandat du peuple, sans légitimité constitutionnelle. Ce jour-là, personne ne cria au scandale. Ce jour-là, le pouvoir s’exerçait dans l’ombre, et le Gabon regardait. C’est précisément de cela dont elle devrait parler.
Une mise en scène pour fuir les vraies questions

Il est dès lors difficile de ne pas y voir un récit soigneusement calibré pour détourner l’attention des véritables enjeux qui comptent pour le Gabon. Pendant qu’elle s’exprime sur France 24 en évoquant larmes et drames, beaucoup de Gabonais se demandent quand elle expliquera enfin ce qu’elle a fait de l’argent du peuple, et comment elle compte répondre des responsabilités laissées en suspens.
Le Gabon n’a pas besoin de récits victimaires. Il a besoin de comptes. https://www.france24.com/fr/%C3%A9missions/en-t%C3%AAte-%C3%A0-t%C3%AAte/20260306-exclusif-mon-fils-et-moi-avons-%C3%A9t%C3%A9-tortur%C3%A9s-dit-sylvia-bongo-ex-premi%C3%A8re-dame-du-gabon




