Régulation des Églises au Cameroun : Un tournant décisif

Contexte historique et religieux
Le Cameroun, riche en diversité religieuse, a longtemps été le foyer d’une coexistence entre différentes confessions, allant des traditions africaines aux grandes religions monothéistes. Toutefois, l’essor des mouvements évangéliques, en particulier ceux d’origine nigériane, a suscité des inquiétudes au sein du gouvernement. En 2025, le ministre de l’Administration territoriale a mis en garde contre la fermeture potentielle des Églises non enregistrées, évoquant ainsi la nécessité d’une régulation plus stricte.
Cette déclaration a été perçue comme une alerte, incitant de nombreuses Églises à se conformer aux exigences légales. Le 24 janvier 2026, le président Paul Biya a signé des décrets autorisant la reconnaissance de huit nouvelles Églises, dont des dénominations évangéliques nigérianes comme Winner’s Chapel International et la Redeemed Christian Church of God. Cela représente un tournant dans la gestion des affaires religieuses au Cameroun, où seules 47 Églises avaient précédemment le statut légal.
Cet ajustement s’inscrit dans une initiative plus large visant à réguler un paysage religieux en plein essor. Les autorités cherchent à trouver un équilibre entre la liberté de culte et le maintien de l’ordre public, tout en répondant aux préoccupations croissantes concernant certaines pratiques jugées extrêmes ou non conformes aux valeurs sociétales.

Conséquences pour les Églises et les fidèles
La mesure de régulation des Églises a des conséquences profondes pour les communautés religieuses au Cameroun. D’un côté, l’enregistrement légal permet aux Églises de bénéficier de la protection de l’État, d’accéder à des ressources et de participer à des activités publiques sans crainte de représailles. Par contre, cela implique aussi des exigences, notamment en matière de transparence financière et de conformité avec les normes gouvernementales.
Les Églises récemment reconnues, comme Winner’s Chapel et la Redeemed Christian Church of God, connaissent une croissance rapide de leur influence. Ces mouvements, souvent vus comme des vecteurs de prospérité personnelle, attirent de nombreux fidèles en quête de solutions à leurs problèmes quotidiens. Cependant, cette popularité soulève des préoccupations sur la qualité de l’enseignement religieux et le bien-être spirituel des adhérents, certains craignant que la quête de succès matériel ne devienne une priorité.
De plus, cette régulation peut engendrer des tensions entre les Églises traditionnelles et les nouvelles dénominations. Celles-ci, généralement établies depuis longtemps, pourraient voir leur position affaiblie face à l’attraction exercée par ces nouveaux acteurs, qui séduisent particulièrement les jeunes par des pratiques innovantes. Cette dynamique pourrait entraîner une fragmentation du paysage religieux et impacter la cohésion sociale.

Réactions et perspectives d’avenir
Les réactions à cette régulation sont diverses. Certains leaders religieux accueillent favorablement la décision gouvernementale, la considérant comme une avancée vers une meilleure organisation du paysage religieux. Ils estiment que cela permettra de filtrer les mouvements extrémistes et de protéger les fidèles contre les abus. À l’inverse, certains critiques considèrent que cette régulation pourrait constituer une atteinte à la liberté de culte, surtout pour les Églises qui peinent à s’enregistrer.
Les experts en sociologie religieuse précisent que l’avenir des Églises camerounaises dépendra de leur capacité à s’adapter à ce nouveau cadre. Elles devront non seulement se conformer aux exigences légales, mais aussi satisfaire les attentes de leurs fidèles en matière de spiritualité et d’engagement social. Les mouvements qui parviendront à équilibrer ces deux aspects seront probablement ceux qui connaîtront le plus de succès dans les années à venir.
En somme, la régulation des Églises au Cameroun représente à la fois un défi et une opportunité. Alors que le gouvernement cherche à organiser un paysage religieux en pleine mutation, les Églises doivent naviguer dans un environnement complexe, où liberté de culte et responsabilité sociale doivent coexister. Cette situation soulève des questions cruciales : comment s’adapter à cette nouvelle réalité sans compromettre leur mission spirituelle ? Quel rôle le gouvernement doit-il jouer pour maintenir un équilibre entre régulation et liberté religieuse ?




