Transformer les Commerçants Camerounais en Industriels

Un Constat Alarmant : L’Économie Camerounaise en Détresse
En 2026, le Cameroun se trouve à un carrefour critique de son développement économique. Avec un budget national s’élevant à 8 816,4 milliards de FCFA, dont plus d’un tiers est emprunté, la nécessité d’une transformation structurelle s’impose. Louis-Marie Kakdeu souligne une réalité troublante : chaque année, le pays importe près de 6 millions de téléphones portables, alors qu’il pourrait activer des unités d’assemblage sur son sol. Cette situation illustre non seulement une dépendance économique mais aussi une occasion manquée de création d’emplois et de stimulation de la croissance locale.
La prévalence du secteur informel complique davantage les choses. Une part substantielle des commerçants exerce sans statut juridique, limitant ainsi leur accès aux financements indispensables pour évoluer vers l’industrialisation. Il est donc crucial de se demander comment le gouvernement pourrait favoriser cette transition tout en assainissant le climat des affaires.
Pour relever ce défi, il est impératif d’explorer des solutions innovantes et durables, permettant de transformer les commerçants en acteurs industriels. Cela nécessite une approche multidimensionnelle, englobant des réformes fiscales, des incitations à l’investissement ainsi qu’une amélioration des infrastructures.

Les Obstacles à Surmonter : Foncier et Bureaucratie
Parmi les principaux freins à l’industrialisation au Cameroun, la question du foncier est prédominante. Actuellement, seulement 9 % des citoyens possèdent un titre foncier, ce qui complique l’accès au crédit et aux investissements. Kakdeu propose une solution audacieuse : offrir la gratuité du titre foncier pour inciter paysans et commerçants à intégrer le système formel. Cette mesure pourrait générer un potentiel fiscal de 3 000 milliards de FCFA, fournissant ainsi des ressources pour financer des projets d’industrialisation.
Simultanément, la bureaucratie constitue un obstacle majeur pour l’initiative privée. Les processus administratifs souvent complexes et opaques découragent tant les investisseurs locaux qu’étrangers. Il est impératif que le gouvernement simplifie ces démarches et propose des incitations fiscales pour les nouveaux investisseurs. Des pays comme le Rwanda, qui ont réussi à améliorer leur climat des affaires, pourraient servir d’exemples inspirants pour le Cameroun.
Un autre levier essentiel réside dans l’implication des acteurs de la diaspora camerounaise, capables d’investir jusqu’à 6 000 milliards de FCFA par an. Pour attirer ces capitaux, le pays doit prouver sa détermination à réformer son environnement économique et à garantir la sécurité de ces investissements.

Vers une Nouvelle Vision : L’Industrialisation comme Priorité
Pour convertir les commerçants en industriels, il est crucial d’avoir une vision à long terme qui place l’industrialisation au cœur des priorités économiques du Cameroun. Cela implique non seulement de créer des unités d’assemblage, mais également de développer des chaînes de valeur locales dans des secteurs stratégiques tels que l’agro-industrie et la technologie. Le Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique (PIISAH), doté d’un budget de 12,5 milliards de FCFA pour 2026, doit être réévalué afin de garantir son efficacité.
Les politiques publiques doivent encourager les partenariats entre le secteur privé et les institutions de recherche pour favoriser l’innovation et le développement de produits adaptés aux besoins du marché local. De plus, des programmes de formation et de sensibilisation doivent être instaurés pour aider les commerçants à acquérir les compétences requises pour gérer des unités industrielles.
En somme, transformer les commerçants en industriels est non seulement une nécessité mais aussi une occasion de revitaliser l’économie camerounaise. Cela nécessite une volonté politique solide, des réformes structurelles et un engagement à long terme envers l’industrialisation. Reste à savoir : le gouvernement sera-t-il prêt à prendre ces mesures audacieuses ? Les acteurs économiques locaux et étrangers seront-ils suffisamment motivés pour investir dans cette vision ?




