Le procès de l’homme accusé de trouble à l’ordre public au Gabon, après avoir annoncé la préparation d’un coup d’État, touche à sa fin. La décision de justice sera rendue le 19 janvier prochain au Palais de justice de Libreville. Une affaire qui cristallise les débats sur la liberté d’expression, la justice et les tensions politiques dans le pays.
Une conférence de presse explosive

Le 25 décembre dernier, une conférence de presse a secoué la scène politique gabonaise. L’accusé y avait affirmé qu’un coup d’État se préparait, évoquant aussi une filière béninoise impliquée, ainsi qu’une série d’enlèvements d’enfants et de crimes rituels sur le territoire. Il a en outre dénoncé une mainmise de certaines ethnies sur les administrations financières, jetant ainsi une lumière crue sur des questions sensibles.
Ces déclarations ont immédiatement suscité une onde de choc dans l’opinion publique et parmi les autorités. Le ministère public n’a pas tardé à engager des poursuites, qualifiant ces propos de « trouble à l’ordre public ». Il a requis six mois de prison ferme et une amende de 500 000 FCFA.
Des vices de procédure dénoncés

Mais le dossier n’est pas sans zones d’ombre. La défense, conduite par les avocats Me Sostène Eyi Mvé, Hugues Boguikouma et Francis Nkéa, a vigoureusement contesté la validité de la procédure judiciaire. Selon eux, les officiers de police judiciaire n’auraient pas informé le parquet de manière formelle, ce qui constitue un vice susceptible d’invalider l’ensemble du dossier.
Plus encore, la défense dénonce la faiblesse des preuves, réduites à une simple clé USB contenant une vidéo partielle de la conférence de presse, jamais projetée en audience. Me Nkéa questionne : « Où sont les images intégrales ? Pourquoi s’appuyer sur des extraits tronqués pour juger ? »
Entre liberté d’expression et trouble à l’ordre public

Lors de l’audience, l’accusé a assumé ses propos tout en soulignant qu’ils avaient été déformés. « Ceux qui étaient à la manœuvre ont choisi des morceaux et les ont sortis du contexte », a-t-il affirmé. Cette nuance est au cœur du débat judiciaire : s’agit-il d’un discours libre, certes provocateur, ou d’une incitation réelle à la haine et au trouble ?
La défense réfute toute notion de trouble à l’ordre public, rappelant que les propos n’ont pas provoqué de manifestations, d’émeutes ou de divisions communautaires. Elle interpelle : « Quelles conséquences réelles ont eu ces déclarations ? » Le procureur, pour sa part, maintient que les accusations sont fondées, requalifiant même l’infraction en « diffusion de fausses nouvelles » pour asseoir sa requête.
Un verdict lourd de sens

Ce procès dépasse largement le cas individuel de l’accusé. Il interroge sur la capacité du Gabon à conjuguer stabilité politique et respect des libertés fondamentales, en particulier celle d’expression. Le verdict attendu le 19 janvier aura une résonance politique et sociale importante, en posant la question de la tolérance face aux critiques acerbes du pouvoir.
Dans un contexte régional marqué par des tensions politiques et des appels à plus de transparence, ce dossier illustre les défis de la justice gabonaise dans un environnement sensible. La manière dont la cour arbitrera entre liberté d’expression et sécurité publique sera scrutée avec attention, tant par les acteurs nationaux que par la communauté internationale.
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