Il y a des débats qui ne disparaissent jamais vraiment. Ils s’éloignent, puis reviennent, portés par l’actualité, par l’émotion, par la violence de certains faits. La peine de mort en fait partie.
Au Palais présidentiel, lors de la cérémonie de présentation des vœux, le président du Conseil économique, social, environnemental et culturel, Guy Bertrand Mapangou, remet le sujet sur la table. Le retour de la peine capitale pour les crimes de sang. Les mots sont posés, sans détour. Ils trouvent un écho immédiat dans une société marquée par des crimes qui choquent, qui inquiètent, qui laissent parfois sans réponse.
Face à cette prise de position, le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguéma, ne tranche pas. Il choisit une autre voie. Celle de l’écoute. Il évoque la possibilité d’une consultation nationale, pour que les Gabonais se prononcent eux-mêmes sur une question aussi grave. Le débat est relancé. Mais derrière la question politique, une autre réalité s’impose.
La justice, telle qu’elle est

Dans les tribunaux, la vérité ne s’impose pas toujours d’un seul bloc. Elle se construit. Parfois lentement. Parfois mal. Des dossiers fragiles, des enquêtes incomplètes, des témoignages contradictoires. Et, en toile de fond, une défiance persistante : celle d’une partie de la population qui doute de l’impartialité de la justice.
Il faut le dire simplement : il arrive que des innocents soient accusés, poursuivis, parfois condamnés, pendant que les véritables coupables échappent à la sanction. Les raisons sont connues. Manque de moyens, pressions, dysfonctionnements, corruption de certains acteurs. Rien de nouveau. Rien de spectaculaire. Mais suffisamment sérieux pour imposer la prudence.
Car la justice est humaine. Et ce qui est humain peut se tromper.
Quand l’erreur devient définitive

C’est là que la peine de mort change la nature du débat. Elle ne laisse aucune marge. Aucune correction possible. Une erreur judiciaire suivie d’une exécution ne se répare pas. Elle devient une faute irréversible de l’État.
La consultation nationale envisagée par le Chef de l’État pose donc une question silencieuse mais centrale : un système judiciaire imparfait peut-il se permettre une peine qui ne pardonne aucune erreur ?
La réponse ne se trouve pas dans l’émotion. Elle se trouve dans l’analyse froide des faits.
Une autre réponse à la violence

Dans les cercles juridiques, une autre option est évoquée. Moins radicale. Moins visible. Mais plus compatible avec la réalité du terrain. Repenser la prison.
Des établissements adaptés à la gravité des crimes. Des prisons de haute sécurité pour les auteurs de crimes de sang reconnus coupables. Des structures distinctes pour les personnes poursuivies pour des faits graves, mais encore présumées innocentes. Une séparation claire avec les détenus pour délits mineurs.Une société protégée, sans condamner définitivement sur la base d’une vérité parfois fragile.
Punir sans renoncer au droit

Le droit pénal repose sur une ligne simple : la présomption d’innocence. Elle tient tant que la justice garde la possibilité de revenir sur ses décisions. La peine de mort rompt cette ligne. Elle transforme le doute en silence définitif.
Dans un système où l’erreur existe, la prison laisse le temps. Le temps de vérifier. Le temps de corriger. Le temps de réparer.
Un débat encore ouvert

En appelant à la consultation, le Président Brice Clotaire Oligui Nguéma a choisi de ne pas décider seul. Il a choisi de poser la question à la nation. Mais quelle que soit l’issue du débat, une réalité demeure : avant de décider de la mort, il faut s’assurer de la solidité de la justice.
La force d’un État ne se mesure pas à la sévérité de ses peines.
Elle se mesure à sa capacité à juger juste.Et parfois, juger juste, c’est refuser l’irréparable.


