Alors que la Taxe sur les Véhicules de Luxe (TVL) suscite une vague d’indignation sur les réseaux sociaux, certains responsables civiques appellent à un retour aux faits, à la lecture des textes et à une presse plus rigoureuse. La polémique actuelle révèle moins une nouvelle charge fiscale qu’un déficit de culture budgétaire et de pédagogie publique.
Une taxe ancienne soudainement redécouverte

Depuis plusieurs jours, une note de la Direction générale des impôts (DGI) circule abondamment sur la toile, présentée à tort comme l’annonce d’une nouvelle taxe. En ligne de mire : la Taxe sur les Véhicules de Luxe (TVL). Or, cette imposition n’a rien de nouveau. Elle figure, sans discontinuité, dans les différentes lois de finances depuis des décennies, inscrite au compte PCE 714.318.
La loi de finances 2026, comme celles qui l’ont précédée, est publique, disponible au Journal officiel, en version papier comme en ligne. Pourtant, peu semblent avoir pris le temps de la consulter, préférant se fier aux interprétations émotionnelles diffusées sur les réseaux sociaux.
Quand l’émotion supplante l’information

Cette controverse met en lumière un malaise plus profond : la difficulté à instaurer un débat citoyen éclairé. Insultes, invectives, diffamation et raccourcis dominent trop souvent l’espace public numérique, reléguant l’analyse documentée au rang de discours inaudible, voire méprisé.
Plus préoccupant encore, une partie de la presse, pourtant investie d’une mission d’information et d’investigation, semble parfois céder à cette logique émotionnelle, orientant ses articles au rythme des tendances virales plutôt qu’à la lumière des faits vérifiés.
Une taxe sous-évaluée, pas une taxe nouvelle

Dans les chiffres, la TVL est estimée à 89 millions de FCFA en 2025, puis à 63 millions de FCFA en 2026. Des montants jugés faibles par certains observateurs, au regard de la prolifération visible de véhicules neufs et de luxe sur les routes gabonaises.
Déjà lors des débats budgétaires à l’Assemblée, des voix s’étaient élevées pour dénoncer cette sous-évaluation. D’autant plus que, sous la Transition, l’importation des véhicules d’occasion autorisés est passée de 3 à 10 ans, et que ces véhicules ne sont pas concernés par la TVL. En clair, la taxe ne vise pas la majorité des Gabonais.
Qui est réellement concerné par la TVL ?

Contrairement à ce que laissent croire certaines publications alarmistes, la TVL ne touche pas plus de 70 % du parc automobile national. Elle concerne principalement les acquéreurs de véhicules de luxe et de gros cylindrés, généralement issus des 10 à 15 % de la population disposant d’un pouvoir d’achat élevé.
Les 85 % restants, qui s’orientent majoritairement vers des véhicules d’occasion, ne sont pas concernés. Dès lors, le principe d’une contribution accrue des plus nantis apparaît moins comme une injustice que comme un mécanisme élémentaire d’équité fiscale.
Pour une presse d’investigation et une citoyenneté éclairée

Au fond, le débat sur la TVL pose une question essentielle : comment prétendre comprendre la situation économique du pays sans lire les lois de finances qui la structurent ? Comment dénoncer une politique publique sans en maîtriser les fondements juridiques et budgétaires ?
L’appel est lancé à une presse plus exigeante, qui informe après investigation, et à des citoyens plus curieux, capables de dépasser l’indignation instantanée pour s’approprier les textes qui gouvernent la République.
Car la TVL n’est ni une invention récente, ni un complot fiscal. Elle est un outil ancien, perfectible certes, mais qui mérite un débat sérieux, loin du vacarme numérique.



