vendredi 30 janvier 2026

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Soutenabilité budgétaire : défis et réformes au Gabon

Défis de la soutenabilité budgétaire au Gabon

Une augmentation des dépenses publiques alarmante

En 2024, le Gabon a enregistré une hausse significative de ses dépenses publiques, atteignant 24 % par rapport à l’année précédente. Cette augmentation est principalement liée à des projets d’infrastructure ambitieux et à des mesures sociales répondant aux pressions croissantes de la population. D’après la Banque mondiale, les dépenses d’investissement ont plus que doublé, représentant désormais 5,4 % du PIB. Parmi ces initiatives figurent la construction d’une nouvelle cité administrative et la modernisation des infrastructures, visant à stimuler l’économie nationale.

Cependant, cette flambée des dépenses suscite des inquiétudes concernant la soutenabilité budgétaire à moyen terme. La dette publique, approchant les 72,5 % du PIB, constitue un signal d’alarme pour les économistes et les décideurs. Un expert basé à Libreville a souligné que le véritable défi pour le gouvernement réside dans sa capacité à transformer ces investissements en résultats concrets, sans nuire à la stabilité financière du pays.

De plus, la Banque mondiale a relevé des écarts importants entre les prévisions budgétaires et leur exécution, ce qui entache la crédibilité de la politique budgétaire. En 2024, plus de 350 milliards de FCFA de dépenses ont été engagés sans trésorerie disponible, témoignant d’une gestion budgétaire déficiente. Il est donc impératif d’améliorer le ciblage des dépenses et d’assurer une exécution rigoureuse afin de préserver les marges de manœuvre futures.

Les conséquences des coupes budgétaires

Face à cette situation budgétaire tendue, le gouvernement gabonais s’est vu contraint de prendre des décisions difficiles, notamment la suspension des bourses d’études pour les étudiants à l’étranger à partir de 2026. Bien que cette mesure découle de contraintes financières, elle a été mal perçue, surtout parmi les jeunes aspirant à une formation de qualité à l’international. Parallèlement, la masse salariale de la fonction publique a progressé de 691 à 825 milliards de FCFA entre 2024 et 2025, soulevant des questions sur la priorisation des dépenses.

Les coupes budgétaires frappent principalement les populations vulnérables, avec une réduction de 71 % des aides pour les boursiers du secondaire et une baisse de 7 % pour le supérieur. Ces décisions révèlent un décalage entre les discours sur l’effort partagé et la réalité d’un État qui peine à réformer son fonctionnement en faveur de sa jeunesse. Des critiques de la société civile rappellent que la misère sociale coûte plus cher que la démocratie, appelant à une meilleure priorisation des ressources.

En outre, la Banque mondiale a tiré la sonnette d’alarme concernant les subventions anti-cherté, jugées coûteuses et inefficaces malgré leur intention de soutenir les ménages. Ces subventions, notamment celles relatives aux carburants et les avantages fiscaux liés à la TVA, ont entraîné des dépense inutiles, profitant essentiellement aux ménages aisés. Cela soulève des interrogations sur l’efficacité des politiques publiques mises en place pour lutter contre la cherté de la vie.

Vers une réforme budgétaire nécessaire

Pour relever ces défis, le Gabon doit envisager des réformes structurelles profondes. La Banque africaine de développement (BAD) souligne l’urgence d’un sursaut stratégique pour redresser la trajectoire économique du pays. Cela nécessite de désengorger les dépenses de fonctionnement et de mieux cibler les investissements publics. La dépendance persistante au pétrole, représentant 46 % des recettes fiscales en 2024, accentue la vulnérabilité du pays face aux chocs économiques.

Le vice-président du gouvernement, Barro Chambrier, a récemment insisté sur l’importance de placer les recettes au cœur du débat budgétaire, affirmant ainsi une ambition de souveraineté financière et de transparence. Le gouvernement aspire à une croissance économique hors pétrole d’au moins 5 %, tout en cherchant à éviter des ajustements budgétaires de dernière minute dus à des estimations incertaines. Cette nouvelle approche met l’accent sur la rigueur et la performance, avec des priorités dans des secteurs clés tels que l’énergie, l’éducation et la santé.

En somme, le Gabon se trouve à un carrefour crucial. Les décisions prises aujourd’hui façonneront l’avenir économique et social du pays. Une question demeure : le gouvernement réussira-t-il à équilibrer ses ambitions d’investissement avec la nécessité de garantir la soutenabilité budgétaire et le bien-être de sa population ? Les choix des mois à venir s’annoncent déterminants pour l’avenir du Gabon.

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