Langues vernaculaires : Entre fierté culturelle et crispation identitaire
La scène politique gabonaise est secouée par une controverse inattendue. Au cœur du débat, l’usage des langues vernaculaires par des figures de premier plan du pays. Une vidéo virale d’Aurélien Minsta Mi Nguema, frère cadet du Président de la transition et candidat à l’élection présidentielle du 12 avril, le montre s’adressant en langue fang. Quelques jours plus tard, au Palais des Sports de Libreville, lors d’une rencontre autour de la Première Dame Zita Oligui Nguema, des personnalités telles que Chantal Myboto Gondjout s’exprimaient en langue nzebi. Ces événements ont déclenché une vague de réactions et relancé un débat aussi sensible que récurrent : assiste-t-on à un repli identitaire ou simplement à une célébration de la diversité culturelle du Gabon ?
Linguistique et politique : un duo explosif

Dans un pays à la riche mosaïque ethnique, où plus de 50 langues coexistent, l’usage des langues locales en politique soulève toujours des interrogations. Historiquement, le français a servi de ciment linguistique et institutionnel, garantissant une communication fluide entre les différentes communautés. Cependant, l’affirmation des langues vernaculaires n’a jamais été proscrite, surtout dans les cercles communautaires et culturels.
Le fait qu’Aurélien Minsta Mi Nguema s’exprime en fang et que des figures nzebi fassent de même dans un autre cadre ne devrait pas, en théorie, prêter à polémique. Pourtant, dans un contexte électoral marqué par des tensions et des incertitudes, certains y voient le spectre d’une fracture identitaire.
Un double standard ?

Les réactions divergent selon les sensibilités. Pour certains observateurs, ces interventions en langues locales traduisent un retour aux sources, une fierté culturelle assumée dans un pays où les identités ethniques ont souvent été reléguées au second plan par les élites politiques. Pour d’autres, ce type de communication, surtout lorsqu’il émane de personnalités influentes, risque d’attiser des clivages sous-jacents, nourrissant une perception de communautarisme au détriment de l’unité nationale.
Mais une question demeure : pourquoi l’usage des langues vernaculaires suscite-t-il une telle crispation dans le débat public ? Le Gabon a longtemps prôné l’unité nationale par le dépassement des appartenances ethniques, une ligne héritée de la gouvernance d’Omar Bongo et poursuivie par Ali Bongo. Toutefois, dans un contexte de transition et de reconfiguration politique, les identités locales semblent regagner du terrain dans l’expression publique.
Repli identitaire ou simple liberté d’expression ?

Les défenseurs d’un Gabon pluriel rappellent que la diversité linguistique est une richesse, non un facteur de division. Dans un pays où les langues locales sont menacées par l’omniprésence du français, leur usage par des figures publiques pourrait au contraire être perçu comme un geste de valorisation du patrimoine culturel national.
Cependant, il revient aux leaders politiques de veiller à ce que ces expressions ne soient pas perçues comme une instrumentalisation identitaire à des fins électoralistes. Dans une période aussi cruciale, où le Gabon cherche à tourner la page d’un passé marqué par des tensions politiques et sociales, l’unité nationale doit primer sur toute forme de fragmentation.
Loin d’être anodine, cette polémique reflète les sensibilités et les attentes d’un peuple en quête de repères. Plus que jamais, l’enjeu est de concilier respect des identités et cohésion nationale, sans sombrer dans une lecture binaire qui opposerait l’appartenance culturelle à l’unité du pays. https://gabonactu.com/blog/2025/03/18/mbela-ba-kasse-zita-mobilise-lelectorat-feminin-derriere-le-candidat-oligui-nguema/