Polarisation politique au Cameroun : impacts sur le discours public et la démocratie

Une démocratie en crise : l’impact de la polarisation
La polarisation politique au Cameroun s’affiche comme un phénomène omniprésent, perturbant le paysage politique ainsi que le discours public. Selon Vincent-Sosthène Fouda, cette polarisation incite à des échanges violents entre universitaires et leaders politiques, créant un climat chaotique qui détourne les débats des véritables enjeux du pays. Un moment d’échange constructif est pourtant crucial en pleine pré-campagne électorale.
En effet, cette polarisation transforme le débat en affrontement. Les protagonistes semblent plus enclins aux attaques personnelles qu’aux discussions sur des politiques publiques. Ce climat nuit à l’engagement des citoyens dans un dialogue éclairé, statue essentiel d’une démocratie en bonne santé. Les conséquences sont palpables : désaffection croissante des électeurs, qui ne voient plus leur classe politique préoccupée que par ses rivalités internes, au détriment de leurs préoccupations réelles.
De surcroît, cette polarisation exacerbe les tensions sociales et complique la coopération entre factions politiques. Louis-Marie Kakdeu évoque cette inimitié illustrée par un discours clivant, où « NOUS » s’oppose systématiquement à « EUX ». Un tel cadre empêche toute forme de dialogue et de collaboration, éléments indispensables à la démocratie. Dans ce contexte, les véritables enjeux de développement et de bien-être des Camerounais sont souvent mis de côté.

La désacralisation de la parole institutionnelle
Un autre aspect alarmant de cette polarisation est la désacralisation de la parole institutionnelle, comme l’indique Dr Richard Makon. Lorsque les fonctions étatiques sont contestées, la légitimité du pouvoir vacille, engendrant une crise de confiance au sein de la population. La parole de l’État, censée être vecteur de cohésion et de stabilité, est souvent dévaluée, devenant cible de railleries et de mépris.
Cette situation s’avère d’autant plus inquiétante dans un pays déjà vibrant de menaces diverses, y compris le terrorisme verbal. La polarisation politique favorise un climat d’insécurité, laissant les citoyens se sentir de plus en plus éloignés des institutions censées les représenter. L’impératif d’un consensus au sein du corps politique est plus que jamais d’actualité, mais cette fracture sociale rend la tâche ardue.
Christian Ntimbane Bomo souligne également l’instrumentalisation des identités tribales dans le discours politique, phénomène qui crée de dangereux fronts communautaires. Cette tribalisation des partis, héritage d’un passé colonial, dévie l’attention des véritables enjeux de développement. Les discours se focalisent souvent sur des revendications identitaires, reléguant au second plan un débat centré sur les programmes et candidats capables de promouvoir le bien-être des Camerounais.

Vers une nouvelle dynamique politique
Face à cette situation alarmante, il devient impératif de repenser la dynamique politique au Cameroun. Les acteurs politiques doivent saisir l’importance d’un dialogue constructif, en adoptant une approche alliant élégance et responsabilité, comme l’affirme Vincent-Sosthène Fouda. La jeunesse joue un rôle crucial dans cette transformation et doit être encouragée à rejeter la haine pour s’engager dans des discussions tournées vers l’intérêt général.
Pour redresser la démocratie camerounaise, promouvoir une nouvelle génération d’élus, capables de collaborer avec toutes les parties prenantes, est indispensable. Louis-Marie Kakdeu insiste sur l’idée que le vainqueur des élections présidentielles de 2025 ne sera pas un « Haineux », mais un candidat capable de rassembler et d’unir les différentes factions autour d’un projet commun.
En somme, la polarisation politique représente un défi majeur pour le discours public et la démocratie au Cameroun. Les acteurs politiques doivent prendre conscience des conséquences de leurs actions, travaillant à la construction d’un espace politique où le dialogue et la coopération prévalent sur l’inimitié. Une question demeure : comment les Camerounais peuvent-ils surmonter cette polarisation pour œuvrer à un avenir meilleur ?